West Side Story gitane

Drame musical Le Tony Gatlif show est de retour, hystérie et musique plein tube

«Wild card» hors compétition à Cannes, film de clôture à Locarno, le Geronimo de Tony Gatlif aura-t-il autant de succès hors festival? Il y a peu de chances, à considérer la minceur du nouveau projet de l’infatigable chroniqueur du monde rom/tzigane/gitan (Gadjo Dilo, Latcho Drom, Exils) : une sorte de West Side Story de la banlieue française, entre communautés gitano-espagnole et turque.

Ça commence fort, avec une mariée qui court à perdre haleine et un jeune homme lancé dans l’autre sens. Ils convergent et filent ensemble sur une moto, musique à fond la caisse. On est dans le sud de la France. Fuyant un mariage arrangé, la Turque Nil Terzi et son amoureux gitan Lucky Molina trouvent refuge dans une friche industrielle. Il n’en faudra pas plus pour mettre le feu aux poudres. Entre les deux clans, l’éducatrice de rue Geronimo marche sur des œufs pour ramener le calme…

Violence désamorcée

Cette trame minimale dérivée de Roméo et Juliette a l’avantage de mettre en valeur l’énergie de la mise en scène, l’indéniable sens du mouvement, de la musique et des couleurs du cinéaste. Mais la première séquence de ce 16e opus fait tout autant apparaître ses limites: une prédilection pour le non verbal, au risque de se contenter de clichés, et un débordement de la chorégraphie vers l’hystérie.

S’alignant sur le chef-d’œuvre de Leonard Bernstein, Jerome Robbins et Robert Wise, Gatlif désamorce la violence potentielle: comme les bandes de jeunes New-Yorkais, ses communautés s’affrontent donc en joutes musicales, avec l’occasionnel couteau tiré. Mais que n’a-t-il aussi étudié l’art du scénario et des chansons de son modèle!

Son habituel mélange world, ici à base de flamenco et de hip-hop, produit certes quelques étincelles. Mais pour le reste, ses jeunes en surchauffe sont si dépourvus de personnalité qu’il faut se rabattre sur Geronimo, incarnée par la toujours captivante Céline Sallette (L’Apollonide, Mon Ame par toi guérie) pour y trouver quelque émotion ou intérêt. Comme si West Side Story était centré sur le lieutenant Schrank, policier dépassé…

V Geronimo, de Tony Gatlif (France, 2014), avec Céline Sallette, David Murgia, Nailia Harzoune, Rachid Youcef, Vincent Heneine, Arthur Vandepoel, Sergi López. 1h44.