Vous aviez un peu oublié l’existence de Renée Zellweger depuis son retour dans le délirant Bridget Jones Baby en 2016? Nous aussi. D’où cette surprise en la découvrant dans la bande-annonce de la dernière série Netflix en date, aussi étrange et cryptique que son titre: What/If.

Dites au revoir à la pataude Bridget Jones. Dès la première scène, il est clair que Renée Zwelleger ne joue plus dans la cour des célibataires désespérées qui passent leur vie en training. Elle incarne désormais la puissante Anne Montgomery, femme d’affaires millionnaire et brushinguée de San Francisco, auteure d’un livre à succès résumant sa doctrine. Dans la première scène, on la voit arpenter son duplex grandiose alors qu’elle en dicte les derniers mots: «Rien qui ne vaille la peine n’est atteint sans sacrifices. La vraie grandeur ne se présente qu’à ceux qui la convoitent à tout prix.» Compris.

Ce que Lisa (Jane Levy) convoite, elle, c’est une somme rondelette pour lancer sa start-up pharmaceutique, Emogen. Cette jeune trentenaire a mis au point une technologie qui devrait permettre de sauver des enfants souffrant de leucémie. Sauf que tous les investisseurs la snobent. Enfin, jusqu’à ce que Sean (Blake Jenner), son mari ex-star de baseball et serveur à ses heures, rencontre Anne Montgomery au bar d’un hôtel. Contre toute attente, celle-ci se dit intéressée à injecter quelque 80 millions dans la boîte de Lisa. A une condition, qu’elle expose nonchalamment au couple: passer une nuit avec Sean.

Mystérieuses intentions

«Cette idée sort tout droit d’un navet des années 1990», fait remarquer Lisa, outrée. Très juste. Proposition indécente, 1993, avec Robert Redford dans le rôle d’un inconnu qui offre un million de dollars à un jeune marié – Woody Harrelson – contre une nuit d’amour avec son épouse, jouée par Demi Moore. Dans le film comme dans la série, les tourtereaux ont désespérément besoin d’argent et, après une – courte – tergiversation, acceptent l’offre. La comparaison s’arrête là. Car s’il est clair que Redford en avait après les charmes de Moore, les intentions d’Anne Montgomery sont, elles, bien plus floues. Qu’a-t-elle vraiment obtenu de Sean durant ces quelques heures? Voilà le mystère qui sous-tend What/If, d’autant que, dans les clauses du contrat, il est stipulé qu’Emogen sera entièrement cédée à la businesswoman si Sean dévoile les moindres détails de cette nuit à sa femme. Plutôt que la chair, on comprend que c’est le pouvoir, la manipulation qui motivent Anne Montgomery.

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Vous vous en doutiez, le choix ne sera pas sans conséquences. Avec le cash s’invitent le doute, les soupçons, la jalousie et, bien vite, les regrets d’avoir cédé à cette proposition… indécente, assurément. Mais il est trop tard pour revenir en arrière, Emogen décolle et les ennuis ne font que commencer.

Eclairs et clichés

Très vite, on se dit que cette série, créée par l’Américain Mike Kelley (Revenge) détonne parmi les récentes créations Netflix, de par son côté soap-opéra cheap assumé. Le personnage d’Anne a tout de la femme fatale cliché, qui vit en tailleurs de couturier, se déplace avec une sensualité calculée, écrase tout le monde aux échecs et dont les monologues s’accompagnent d’éclairs violets et de musique classique. Ah, a-t-on précisé qu’elle tirait des – vraies – flèches à l’intérieur de son bureau? Il y a aussi les histoires secondaires hors sujet, comme celle du meilleur ami de Sean dont la copine, chirurgienne, a une aventure avec son chef de clinique orgueilleux et détraqué, comme dans un genre de Grey’s Anatomy de seconde zone.

Grotesque, ce mélodrame rencontre la fable morale, nous appelant sans grande subtilité à questionner nos choix – what if, «et si», nous avions pris un chemin différent? La fin justifie-t-elle les moyens? Mais aussi à déterrer les secrets enfouis, pour le meilleur et pour le pire, puisque presque tous les personnages de la série seront rattrapés par leur passé.

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S’il nous fait régulièrement rouler des yeux, cet étrange mélange des genres s’avère… étrangement distrayant. Et ce, en grande partie grâce à Renée Zellweger, parfaite en bourreau des finances perchée sur talons hauts, pour qui toute forme d’attachement émotionnel est synonyme de faiblesse. Ses répliques pseudo-philosophiques sont aussi cinglantes – «Les gens incapables de changer ne sont que les esclaves de leur nature» – lâchées dans un demi-sourire hypnotisant. Surtout, on veut comprendre comment cette harpie a bâti son empire, et son cœur de pierre.

L’éclat Montgomery

Au point que les autres protagonistes paraissent plutôt faiblards à côté de la diva Montgomery. Lisa est fatigante, Sean légèrement apathique. Résultat, on ne se préoccupe que moyennement de leur sort, ce qui ne sert pas vraiment l’intrigue. Etalée sur dix longs épisodes, la série connaît son lot de rebondissements, plus ou moins trépidants. Mais on ne peut s’empêcher de la regarder jusqu’au bout, rien que pour voir comment elle retombera sur ses pattes. Spoiler: elle assume le too much jusqu’au bout.

Et si vous ne regardiez pas What/If? Vous ne rateriez certainement pas la fiction de l’année. Mais un drôle d’ovni mi-thriller, mi-série B, qui a le mérite d’assumer son côté décalé.