Depuis 2002, l'Amérique mélomane ne parle plus que d'eux. Avec la sortie longtemps différée de Yankee Hotel Foxtrot, quatrième album hâtivement condamné par les majors, Wilco tient sa revanche. Récupéré par l'audacieux Nonesuch, filiale de Warner, l'album s'est imposé en quelques mois comme l'une des plus éclatantes réussites du rock indépendant, la renommée du quatuor croissant à grande vitesse au gré d'innombrables éloges.

Un an plus tard, Wilco prolonge l'embellie dans les bacs des disquaires avec la parution de deux projets parallèles, symbolisant l'ouverture et l'esprit fraternel d'une équipe de musiciens avide de confrontations sonores. A la manière du duo Calexico, officiant en simple section rythmique sur une multitude d'albums hétéroclites, Wilco prend appui sur sa pratique érudite d'un vaste folklore américain pour oser des mariages inouïs.

Echange de bons procédés

Un nomadisme musical proche de l'esprit du jazz que documente aujourd'hui Loose Fur, nouvelle incartade pilotée par l'ubiquiste Jim O'Rourke. En bonne entente avec ce dernier depuis quelques saisons, Tweedy et Kotche ont ainsi participé à l'enregistrement de son album Insignificance, tandis que Jim O'Rourke fignolait les sonorités satinées de leur Yankee Hotel Foxtrot. Lysergiques et indolentes, les chansons de Loose Fur croisent les transes saturées du Velvet Underground et de Sonic Youth avec le folk polychrome des disques d'O'Rourke. Délicieuse invitation à la méridienne dont les arrangements subtils et l'armature délibérément lâche traduisent à merveille l'esprit libertaire d'un trio fédéré par un même désir de prospection musicale.

Nébuleuse au fonctionnement proche de celui de Wilco, The Minus 5 s'arroge aujourd'hui à son tour les services du groupe au grand complet. Avec Down With Wilco (A Tragedy In Three Halfs), le chanteur Scott McCaughey et son complice Peter Buck (de R.E.M.) revisitent en toute décontraction une forme soignée de pop à l'Américaine telle que définie jadis par les Beach Boys. Mélodies serpentines, structures à tiroir, chœurs d'harmonies célestes, l'arc-en-ciel sonique du psychédélisme rehausse de mystère les lignes claires d'un disque scandaleusement primesautier. Nouveau coup de maître d'un Wilco dont la scène rock internationale n'a pas fini de se disputer les bienfaits.

Loose Fur, «Loose Fur» (Domino/RecRec).

The Minus 5, «Down With Wilco (A Tragedy In Three Halfs)» (Cooking Vinyl/RecRec).