Bien avant de domestiquer le loup et l’urus, l’être humain s’est roulé dans l’herbe et a sucé les pissenlits par la racine. Les plantes sont ses plus anciennes compagnes. A l’heure où elles tendent à disparaître sous le béton, Nicolas Humbert, histoire de contrer une «époque hantée de scénarios de destruction», part à la rencontre de quelques humbles fleurs, herbes sauvages ou fruits cabossés, et de ceux qui les cultivent.

Ce sont «les espaces de création ouverts devant nous», qui stimulent le cinéaste munichois, auteur de documentaires poétiques comme Step Across the Border, sur la musique, ou Middle of the Moments, sur la vie nomade. Aux Etats-Unis et en Suisse, il entre en dialogue avec ceux qui parlent la langue des plantes, les jardiniers urbains des friches postindustrielles de Detroit, l’activiste amérindien Milo Yellow Hair à Pine Ridge, Maurice Maggi qui reverdit subrepticement les rues de Zurich, la coopérative agricole des Jardins de Cocagne, à Genève.

Les sons de la terre

La conversation de ces jardiniers prend un tour philosophique ou mystique. Milo Yellow Hair rappelle que «tous les langages sont issus des sons de la terre». En cueillant sur un arbre sexagénaire des poires qui ont un goût de «maison en ruines», Andrew Kemp dit que ses étudiants le prennent pour un fou lorsqu’il mange un fruit qui ne vient pas du supermarché et se réfère à la figure sans fin du cercle pour évoquer le cycle des jardins identique à celui de la vie et de la soi-disant mort…

Nicolas Humbert est un poète. Dans Wild Plants, il prend le temps de regarder, de s’attarder sur un chien qui gratte la glace, d’observer ces essors d’étourneaux qui dessinent dans le ciel de fugaces idéogrammes. Il n’évite pas non plus quelques clichés (le face-à-face de l’index humain et de la petite abeille), ni l’anecdotique (aiguisage d’un couteau). La lenteur qu’exige le mystère de la nature porte parfois les fruits de l’ennui.


Wild Plants, de Nicolas Humbert (Suisse, Allemagne, 2016), 1h44