Fiction tv

Avec «Wilder», la TV alémanique opère son grand retour dans les séries

Hormis le phénomène «Croque-mort», la SRF est restée prudente ces dernières années en matière de feuilletons. Elle a investi fortement dans «Wilder», dévoilée ce jeudi par la RTS, un suspense policier qui ressert le cliché montagnard

Il y a déjà eu quelques tentatives, et le phénomène du Croque-mort, mais cette fois, la télévision alémanique revient vraiment aux séries. Avec moult efforts: il a fallu quatre ans, et un appel à idées initiale qui a suscité près de cent projets, pour en arriver à Wilder, que la RTS dévoile ce jeudi soir, une intrigue criminelle dans un village de l’Oberland bernois. En Suisse alémanique, la série a eu son petit retentissement: néanmoins critique, la NZZ a décrit une SRF qui «passe à l’offensive» face, notamment, à ces Scandinaves qui n’en finissent pas de prendre l’ascendant. La série est créée par Béla Batthyany et Alexander Szombath, réalisée par le Romand Pierre Monnard, qui avait planché sur Anomalia.

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Echaudée par quelques mauvaises expériences, la SRF avait abandonné les séries dans les années 2000. Mais il est difficile de résister face à la popularité du genre. Le diffuseur opère son retour en ayant choisi un registre classique et a priori facilement exportable, le policier.

Un village en ébullition

Rosa Wilder (Sarah Spale, convaincante dans sa retenue) est une inspectrice cantonale qui doit bientôt partir suivre une formation aux Etats-Unis. Elle revient au village natal pour une cérémonie marquant les 30 ans du drame qui déchire toujours la communauté, la mort de huit enfants emportés, dans un bus, par une avalanche. A peine arrivée, Rosa reçoit, sur son pare-brise, un ossement humain et une chaussure. Oberwies est en ébullition, car un investisseur arabe veut injecter des millions pour un hôtel de luxe. Il est lié à la bourgade par sa fille, qui est l’élève d’un artiste local. Le père de Rosa fulmine contre cette ambition immobilière. Et voici que le peintre et sculpteur est assassiné, tandis que la princesse a disparu.

Le hic fondamental, à propos de «Wilder», réside dans cette incapacité de certains créateurs helvétiques, et des institutions, à sortir du grand cliché national

A voir le premier épisode, Wilder commence par une mise en place un peu poussive, par à-coups, avec l’obsession de poser toutes les composantes du mystère. La fin du chapitre acquiert quelque puissance par l’emballement des événements dramatiques qui vont fonder l’enquête à venir – et sans doute, contrarier les plans de Rosa. Toutes proportions gardées, le démarrage fait penser à la danoise Norskov, toutefois plus glaçante sur le plan social.

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Ce sempiternel village du fond de la vallée

Le hic fondamental, à propos de Wilder, réside dans cette incapacité de certains créateurs helvétiques, et des institutions, à sortir du grand cliché national. Il fallait un bourg ratatiné au fond de la vallée, quelques péquenots alpestres bien lourds, et cette ambiance de neige en bourrasques. Certes, c’est de bonne guerre, la série exploite les particularités nationales, donc les montagnes; les Scandinaves le font aussi, avec leurs crimes au pied des éoliennes et leurs cités givrées. Mais dans le cas de Wilder, le spectateur ne peut éviter un sentiment de déjà-vu, comme si le village était un décor sempiternel, figé pour l’éternité de la fiction audiovisuelle.

Avec son héroïne plutôt convaincante, sa touche de modernité par la présence de l’investisseur du Moyen-Orient, ainsi que ses villageois bourrus, si exotiques, Wilder peut s’imposer sur la carte des fictions policières ancrées dans leur terroir. Mais pour la TV alémanique, le défi sera de créer une fiction urbaine bien contemporaine.


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