Reconnu dans son pays comme un maître inégalé de la fiction brève, genre qu'il pratique depuis une trentaine d'années, l'Irlandais William Trevor (né en 1928) l'est davantage en France comme romancier. Le sixième de ses livres traduits en français rend enfin hommage au nouvelliste, avec un recueil qui réunit neuf récits à la touche très subtile sous leur apparente simplicité. Ce sont des histoires de solitude, de rêves brisés, d'occasions manquées et d'espoirs tenaces que raconte Trevor, cela au détour de la rencontre fortuite de deux amies qui se sont perdues de vue, d'une soirée improbable entre touristes solitaires à Ispahan, des premières semaines de la vie de collège d'un petit garçon, d'une grande partie festive de tennis juste avant la guerre... Chez lui, les sentiments sont toujours partagés, la cruauté ne va pas sans tendresse, le regret, la culpabilité ou la honte pointent souvent derrière un geste, une parole, une attitude. Maître du temps, l'écrivain le dilate en s'attardant sur les nuances des sentiments éprouvés par ses personnages, mais il sait aussi peindre le passage des années en résumant toute une vie en un suggestif travelling arrière.