New York, 1984, les gratte-ciel dorment. Il ne se passe plus rien d'émoustillant, sur le plan musical s'entend, depuis plusieurs années. La décennie pop a tout chaviré sur son passage. Eteint les petites entreprises au profit des mastodontes. Dans la ville, un guitariste – noir, c'est un élément essentiel dans cette histoire – a déjà enregistré avec Ronald Shanon Jackson, Public Enemy et Bill Frisell. Il maîtrise, sur le bout des phalanges, les essences précieuses de l'Afro-Amérique.

Vernon Reid, avec le batteur Will Kalhoun, va former l'un des premiers groupes hardcore noirs d'importance. En une poignée d'albums (du Vivid de 1988 au séminal Stain qui clôt l'épopée en 1993), Living Colour multiplie les triomphes populaires, les relatifs échecs artistiques aussi. Mais constitue, en tous les cas, une académie de plein air sans précédent, une usine à fabriquer du virtuose décomplexé. A l'origine de la Black Rock Coalition, dans laquelle quelques improvisateurs new-yorkais fabriquent les fusions jazz, rock, avant-garde d'aujourd'hui, Living Colour marque son temps. Près de vingt ans plus tard, à Willisau. DJ Logic, fascinant tourneur de plaques issu de Manhattan, poursuit son projet en construction permanente. Après Vernon Reid, dans la première phase de la tournée, il invite Will Kalhoun et Doug Wimbish, revenus eux aussi de Living Colour. L'immense majorité des rencontres entre le jazz et l'électronique s'est soldée par un échec crasse. Saint-Germain, Niels Petter Molvaer, entre autres, remuent avec force passion contenue un brouet sans identité. L'issue viendra peut-être de là, ce soir, dans cette soirée beats and bites où les rythmes conçus et les rythmes frappés se mêlent.

Jazz Festival Willisau. www.jazzwillisau.ch. Tél. 041/970 27 31.