Qu'est-ce qu'un film important? Un film avec George Clooney en loup de mer pris dans la «tempête du siècle»? Qui a coûté 120 millions de dollars et en a rapporté 160 en cinq semaines d'exploitation aux Etats-Unis? Lancé avec des dizaines de copies à travers notre pays, campagne d'affichage et matraquage télé à l'appui? Ceux qui l'auront vu savent bien que non. Mais c'est en nous faisant avaler ça que Hollywood rentabilise ses entreprises les plus foireuses année après année. Après tout, qui se souvient de Paul Newman aux prises avec un volcan en éruption dans Le Jour de la fin du monde, œuvre incontournable de 1979?

Ce n'est pas qu'un bon «film catastrophe» relève de l'impossible: Titanic l'a prouvé. Mais pour un James Cameron, combien de tâcherons qui s'affairent autour de ce genre de produit, sans foi ni réel talent? Wolfgang Petersen, qui a bien gaspillé le sien quelque part entre ses premiers films allemands (La Conséquence, L'Echiquier de la passion) et Air Force One, fait aujourd'hui partie de ceux-là, rouage anonyme d'une machinerie sans âme. Son film commence par nous ennuyer gentiment pendant une première heure «d'exposition», qui présente de manière pseudo-réaliste la vie du port de pêche de Gloucester, Massachusetts. Puis, paradoxalement, c'est la deuxième heure, dédiée à la tempête tant attendue, qui finira par assommer les plus indulgents.

Où se situe donc l'erreur? Dans une fiction «documentée» qui invente de toutes pièces ce qui s'est passé à bord de l'Andrea Gail, parti en ce jour de 1991 avec six hommes à bord pêcher au large? Même pas. Plutôt dans des personnages à peine esquissés, qui ne peuvent guère susciter d'empathie, et une absence d'enjeux moraux, artistiques ou autres, patente. La sublime Diane Lane (son visage recèle plus d'émotion que tout le reste du film) laissée au port, ne reste dès lors plus que la tempête elle-même pour animer les choses. C'est trop demander à un phénomène naturel certes impressionnant, mais représenté à travers un déluge d'effets spéciaux pour le moins répétitifs.

Le film atteint son sommet d'incompétence (toujours sous ses apparences du plus parfait professionnalisme) lorsqu'il s'écarte de l'action principale pour relater les exploits d'un équipage de sauveteurs aéroportés parfaitement anonymes. James Horner, le compositeur de Titanic, a beau tartiner de quoi remplir ses 2 CD syndicaux, rien n'y fait. Le final, qui conclut que «rien ne vaut d'appareiller à la tête d'un équipage dans le soleil levant» ne nous concerne plus: dans cet unique instant réflexif, Petersen parle pour lui-même, laissant le spectateur avec le net sentiment de s'être fait avoir.

N. C.

En pleine tempête (The Perfect Storm), de Wolfgang Petersen (USA 2000), avec George Clooney, Mark Wahlberg, Daine Lane, Mary Elizabeth Mastrantonio, John C. Reilly.