L'artiste autrichien Wolfgang Stifter, né en 1946, revient à Genève, à la galerie Calart, où il avait déjà exposé précédemment, avec de toutes nouvelles peintures de l'année 2001, ainsi qu'un nombre égal de travaux sur papier, plus anciens. On assiste ainsi à l'évolution d'un style, même si les peintures ont toujours été moins échevelées, plus posées, que les dessins. Les peintures récentes sont regroupées sous le titre de Wadi rum, qui réfère au lit du Jourdain, en Jordanie, caractérisé par ses sables ocre.

Comme un voile

Wolfgang Stifter applique ce sable au rouleau, qui procure à ses toiles des surfaces grumeleuses, d'un rouge particulier, évocateur. Des couleurs à l'acrylique, très diluées, interviennent là-dessus comme des ombres, des voiles. On reconnaît la silhouette récurrente d'un homme debout, un peu penché, un marcheur occupé par ses propres pensées. Multipliée, cette silhouette forme un réseau de lignes verticales, qui semble, à la façon de peintures futuristes, recréer le mouvement. On pense à Michaux et à ses taches presque ésotériques, mais aussi aux peintures pariétales de Lascaux.

D'autant plus que surgit, comme dans un rêve, la figure floue d'un cerf ou de quelque autre animal primitif, superposée au motif premier. Les teintes très belles – outre le rouge du sable, des mauves foncés, un jaune safrané, du blanc de chaux – renvoient elles aussi à un paysage minéral, traversé d'ombres vivantes. Les travaux sur papier, griffés, gribouillés, emprisonnent quelque détail anatomique ou quelque grimace dans un réseau de lignes, un enchevêtrement de taches. L'impression, comme pour les peintures, en est d'un âge ancien, du souvenir d'une lecture de Rabelais ou de traces déposées par le fleuve du temps.

Wolfgang Stifter: Wadi rum.

Galerie Calart Actual (rue Prévost-Martin 4 bis, Genève, tél. 022/320 40 50). Lu-ve 10-12h et 14h30-18h30, sa 10-12h et 14h30-17h. Jusqu'au 7 avril.