Il va falloir s'y faire. Dans le dessin animé aussi, les Asiatiques sont devenus des concurrents sérieux du cinéma occidental. Après les Japonais, c'est aujourd'hui le tour des Coréens de montrer leurs ambitions, forts d'un savoir-faire acquis durant plusieurs décennies de travail de sous-traitance anonyme. Après l'enchanteur Mari Iyagi de Lee Seong-kang (2002), nostalgique adieu à l'enfance sorti trop discrètement l'an dernier, Wonderful Days place la barre encore plus haut avec son animation résolument high-tech, composée d'un mélange de techniques: animation 2D traditionnelle pour les personnages, usage de maquettes filmées pour l'effet de profondeur et images de synthèse pour les décors les plus complexes. Visuellement, ça en jette!

Nous voici ainsi projetés dans un futur lointain (l'an 2142), après un cataclysme dû à la pollution de la planète. Sous un ciel perpétuellement gris, une partie de l'humanité a survécu: une «élite» retranchée dans la cité d'Ecoban, qui fonctionne sur une énergie produite à partir d'éléments pollués, et un peuple exclu et exploité, qui a bâti de bric et de broc la cité de Marr. Un jour, alors qu'elle poursuit un terroriste-saboteur, Jay, jeune agente de sécurité d'Ecoban, reconnaît soudain son amour d'enfance Shua qu'elle croyait mort. Son dilemme se doublera d'une prise de conscience. En effet, alors que la planète donne des signes de guérison, mettant leur domination en danger, les maîtres d'Ecoban projettent d'anéantir purement et simplement Marr…

Pouvoir machiavélique, sentiments purs de l'enfance, révolte des opprimés, etc.: autant reconnaître d'emblée que la fable ne fait pas dans la dentelle. La catastrophe écologique a beau être devenue notre horizon le plus plausible, il faudrait hélas plus de subtilité pour parvenir à nous en émouvoir. Au lieu de cela, le scénario se complaît dans le manichéisme et le romantisme simplets, avec des personnages également laissés en deux dimensions pour ce qui est de leur psychologie. Sans compter que pour faire plus universel, ils présentent des traits plutôt caucasiens. Ajoutez un charabia d'explications aussi vaseuses que dans le récent Immortel – ad vitam d'Enki Bilal, et vous tenez un nouveau sujet de frustration majeur.

La science-fiction est décidément un genre ingrat: la fenêtre grande ouverte sur l'imaginaire a tôt fait de vous claquer sur les doigts. Ainsi, malgré tout l'admirable travail de conception visuelle mis en œuvre, le film déçoit. A force d'emprunts sauvages, de Metropolis à Final Fantasy, en passant par Star Wars, Métal hurlant, Tron, Nikita ou Highlander II, on devine que ce qui subsistera d'original risque bien de ne plus l'être tant que ça. Au final, les limites de Wonderful Days sont donc plus ou moins les mêmes que celles de la plupart des bandes dessinées dites «réalistes», où le scénario vaut rarement la recherche graphique. Seul un public adolescent pourrait y trouver son compte.

Comme carte de visite du savoir-faire coréen par contre, il s'agit là d'une réussite certaine. A peine mémorisés les noms de Hayao Miyazaki (Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro) et Mamoru Oshii (Ghost in the Shell, Avalon), peut-être faudra-t-il bientôt songer à retenir ceux de Lee Seong-kang et de Kim Moon-saeng…

Wonderful Days, dessin animé de Kim Moon-saeng (Corée du Sud, 2003).