Apparemment plus qu'un public qui se raréfie, on avait aimé les dernières comédies de Woody Allen, Small Time Crooks, The Curse of the Jade Scorpion, Hollywood Ending et Anything Else. C'est dire notre déception devant ce retour aux choses «plus sérieuses» avec Melinda et Melinda, film singulièrement inabouti. Le projet était pourtant séduisant: depuis toujours confronté à l'hésitation entre raconter une histoire sous forme de comédie ou de tragédie, Allen s'est offert un exercice formel confrontant les deux possibilités plutôt que de choisir.

Racontée lors d'un dîner en ville, l'histoire de Melinda devient ainsi soit un drame de la solitude soit une comédie romantique, selon la vision du narrateur. Dans l'un, Melinda, qui a déserté mari et enfant pour refaire sa vie à New York, loge chez une amie dont le mariage bat de l'aile. Elles entreront en concurrence pour un compositeur noir dont Melinda tombe amoureuse. Dans l'autre, Melinda est juste la voisine d'un couple en crise et son passé plus sujet à caution. Alors que le mari, un acteur malchanceux (Will Ferrell, dans une pâle imitation de Woody Allen), s'éprend d'elle, elle fait mine de l'ignorer pour mieux tomber dans ses bras après la rupture.

Développées en parallèle, avec une dizaine de transitions, les deux versions se distinguent surtout par la coiffure de Radha Mitchell, la musique (classique contre jazz) et deux ensembles différents de personnages. Autrement, c'est le même milieu de petits-bourgeois pseudo-artistes de Manhattan, filmé dans la même lumière automnale. Quant aux maigres récits, ils divergent trop pour que la comparaison ait un sens. Et comme situations et dialogues ressemblent à une mauvaise photocopie d'un grand Allen d'autrefois, on reste aussi indifférent à l'humour qu'à l'émotion. Résultat: démonstration ratée sur toute la ligne.

Depuis, Allen a déjà terminé Match Point, un drame tourné à Londres. Peut-on encore y croire après ce faux pas qui rappelle un Celebrity de fâcheuse mémoire?

Melinda et Melinda (Melinda and Melinda), de Woody Allen (USA 2004), avec Radha Mitchell, Chloë Sevigny, Will Ferrell, Chiwetel Ejiofor, Amanda Peet, Jonny Lee Miller.