C'est un pli salé, un coin de monde, d'où viennent trois ou quatre des plus belles voix d'Afrique. Donc, du monde. Woz Kaly, Sénégalais. Comme Youssou N'Dour, dont il pique les aigus percés. Comme Baba Maal, dont il reprend le coupé-frôlé. Comme les frères Touré, ceux de Toure Kunda, qui l'emmènent en tournée pendant trois ans. Il y apprend son métier, dans cette fratrie distendue où les mots volent durs. En concert, ce soir, dans le cadre des concerts de plein air au Parc La Grange, Woz Kaly invente une nouvelle Afrique. La sienne, qu'on aime déjà et qui n'est déjà plus de la world music.

«C'est de la bonne»

Il est né à Dakar, en 1967. D'une génération qui succède aux pionniers. Ceux de la Cuba réappropriée, des rumbas de la Corne. Ceux aussi du refrain des rues, du mbalax, que Youssou et d'autres choisissent comme hymne de la post-indépendance. Woz Kaly arrive là. Il aime le reggae, le rock, les griots du Mali, de Gambie, qui trafiquent des harpes au son long. Il aime aussi, passionnément, la culture wolof. Une ethnie au phrasé creusé, au scandé laminé, presque arabe parfois, puis totalement noir. Woz Kaly aime les cérémonies soufi, celles des confréries du Sénégal en boubou. Où l'on répète le nom de Dieu, d'Allah, jusqu'à extinction du feu intérieur.

Woz Kaly grandit là. Il écrit ses chansons, fonde un groupe. Finit par s'installer à Paris, capitale de l'Afrique en exil. Aujourd'hui, il en est encore au presque début. Au moment où il doit encore répéter son nom trois fois pour qu'il soit orthographié correctement. Il en est au premier chapitre, celui où certains se refilent sa voix sous le manteau avec des airs de dealer, en disant «c'est de la bonne.» Woz Kaly, ses chansons tristes qui partent en syncope, son timbre de berger peul marié à un prédicateur du Sud américain, sa guitare rauque qui tient de la kora d'élite, devrait s'installer pour longtemps.

Woz Kaly en concert. Ve 19 août, 20 h 30. Scène Ella Fitzgerald, Parc La Grange, Genève. http://www.chatnoir.ch