Chaque semaine de l'été, «Le Temps» s'arrête sur ces «nouveaux» usages du français qui nous étonnent, voire nous horripilent

La caissière du supermarché est trop gentille (oui, «trop»…). A chaque fois que, penaude, je dois lui avouer que «Excusez-moi, j’ai encore oublié de peser les fruits» en venant régler mes achats, ce grand cœur généreux me pardonne dans un large sourire qui me ressuscite. «Ne vous en faites pas», et elle irradie: «Y a pas d’souci!» Et à chaque fois, je la crois.

Faut-il s’en indigner? Cela fait bien quinze ans que «pas d’souci» a remplacé «pas d’problème». Ce n’est pas tout à fait la même chose, mais je ne pense pas que ma caissière le sache (oui, «ma» caissière…) «Problème» insiste davantage sur l’aspect technique et objectif: j’ai vraiment oublié d’aller peser mes fruits, cette réalité extérieure s’impose et va gêner le bon fonctionnement de la boutique. Tandis que «souci» évoque davantage le ressenti, c’est un ennui intériorisé, un embêtement partagé pour ma caissière et pour moi. En l’occurrence, les nouvelles sont bonnes, puisqu’il n’y a pas de souci, ni pour elle ni pour moi, youpi, ma caissière me délivre de ma faute, me voilà sauvée par sa bienveillance, et c’est toute la solidarité humaine qui en sort gagnante.