Créé par Job, scénario, et Derib, dessin, Yakari est le héros de 40 albums dont la qualité graphique et les valeurs humaines garantissent le succès depuis 1969. Il a engendré une série de dessins animés et maintenant un premier long métrage. L’entreprise inspire forcément quelques craintes: combien de héros de bandes dessinées ont-ils été malmenés par le cinéma, des Schtroumpfs à Lucky Luke, d’Astérix à Blueberry, en passant par Boule et Bill ou Spirou… Par chance, les réalisateurs de Yakari, le film ne se croient pas plus malins que les auteurs des livres. Ils se basent sur Yakari et Grand Aigle, premier titre de la collection, pour raconter un parcours initiatique susceptible de toucher l’âme des plus jeunes spectateurs sans navrer les aînés.

Oiseau rigolo

Yakari joue à la couratte dans la Prairie avec le chien Oreille Tombante, aperçoit Petit Tonnerre, le plus vif des mustangs, si beau avec sa crinière blonde et sa robe de yin et de yang. Il a un rêve dans lequel Grand Aigle, son totem, lui offre une de ses plumes ainsi que le don de parler le langage des animaux. La tribu s’apprête à lever le camp pour suivre les troupeaux de bisons et fuir les tornades, tandis que Yakari suit la piste de Petit Tonnerre. Il tombe dans la rivière, dégringole en bas d’une chute d’eau, est sauvé par une famille de castors, échappe à un stampede de broncos, devient le meilleur ami de Petit Tonnerre. Il libère les chevaux capturés par des chasseurs de la tribu de Peaux de Puma, traverse la montagne glaciale, rencontre Rayon de Miel l’ourson qui se croit terrifiant, pactise avec Petite Plume, un oiseau rigolo, et Longue Queue, un sympathique bassaris rusé. Il invente les sports de glisse et traverse un palais des glaces souterrain avant de retrouver les siens.

Lire aussi: Yakari, des plumes 
et des bulles

Les décors sont beaux, les personnages sympathiques (surtout les castors), l’animation réussie. On peut regretter une dissonance entre quelques gags cartoonesques et la sensibilité d’un récit prônant le respect de la nature et l’amour du vivant, ainsi que des séquences un peu sentencieuses. Quant à la musique, elle s’avère problématique: puisant son inspiration dans les westerns héroïques des années 1950 (et aussi un peu dans le traditionnel Scarborough Fair…), elle cavalcade de façon bien martiale. Quelques chansons qu’on dirait entonnées par de robustes scouts détonnent aussi dans cette tendre pastorale américaine.


Yakari, le film, de Xavier Giacometti et Toby Genkel (France, Allemagne, Belgique, 2020), 1h23.