Critique

Yaron Herman, beauté à l’ère du soupçon

Le pianiste franco-israélien était mardi au Forum Meyrin avec son trio

A la fin des fins, ils sont obligés d’allumer la salle pour faire détaler le public. Le batteur Ziv Ravitz, dans un dernier bis, s’est penché sur le grand piano pour en tabasser les entrailles. Yaron Herman, lui, donnait ses dernières impressions au soleil mordant. Comme si plus rien n’avait d’importance, dans ce monde, que la mélodie et sa dissipation. Comme si le jazz n’était plus cette chose à laquelle on doit le respect et parfois l’ennui. Mais l’ultime leçon du «je» qui s’adresse au «tu».

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Qui est-il?

Qui est Yaron Herman? Israélien de Paris, 35 ans, des t-shirts d’enfant, des lunettes d’étudiant, un savoir antique. Dans sa bibliothèque, près de la Gare de Lyon, il y a des ouvrages d’astronomie, de cabalistique et plein de biographies de Miles Davis. Depuis une dizaine d’années, il occupe le terrain, en solo, en duo, en trio, il déjoue des standards de la pop, du classique, du jazz, il a entre les mains des figures rythmiques obsessionnelles qui sont capables d’émouvoir aux larmes.

Pas de géant

Avec son jumeau d’une autre mère, Ziv Ravitz, et avec le bassiste du groupe The Dø, Bastien Burger, il vient d’enregistrer pour le label Blue Note un nouvel album baptisé «Y» dont il livrait mardi au Forum Meyrin une avant-première. Dans ce disque, Herman fait un pas de géant. Il ne se contente plus de mordiller la langue de la pop et de l’électronique. Il l’annexe. Toute sa musique est soumise aux chambres d’écho, aux orgues synthétiques, aux parasitages, sans jamais perdre de sa chair. Il y a des voix démultipliées, des fantômes de samples, les traces superposées de mémoires intactes.

Yaron réussit à questionner son époque sans pesanteur, ni didactique. Sa philosophie reste une danse. Il joue avec les codes, ceux du cinéma, du drame, du lyrisme. On a parfois le sentiment d’un concert soumis aux traitements d’un maître dub. Et pourtant, le pianiste ne croit qu’en l’émotion et sa texture. Il vous emporte d’une simple phrase scandée du bout des doigts. Et la tension entre le débordement des outils, les boîtes, les ordinateurs et la nudité du geste fait la grandeur de ce trio nouveau.

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