Mais comment expliquer le succès phénoménal de la Française Yasmina Reza? La question n'est pas nouvelle. Les réponses, elles, divergent: les uns fustigent sa façon de convertir le désarroi contemporain en pièces brillantes, trop brillantes pour être honnêtes; les autres portent aux nues cet écrivain capable d'exprimer, l'air de rien, les sentiments les plus délicats. Philippe Mentha, patron du Théâtre Kléber-Méleau à Renens, fait incontestablement partie des admirateurs. Ces dernières saisons, il a monté La Traversée de l'hiver et L'Homme du hasard. Histoire de compléter sa collection, il signe ces jours la mise en scène de Conversations après un enterrement, spectacle aussi sensible qu'honnête, c'est-à-dire attentif aux soubresauts du texte et à ses lignes de tension souterraines.

Qualité d'atmosphère

L'émotion, douce et fugitive, est donc au rendez-vous de ces Conversations. Grâce d'abord à un texte sincère, dans lequel Yasmina Reza a mis le meilleur d'elle-même (c'est-à-dire sa passion pour Tchekhov), loin des dialogues pseudo-philosophiques de Trois versions de la vie, son dernier opus. Cela tient ensuite à une qualité d'atmosphère que Philippe Mentha et son scénographe Jean-Claude Maret ont su créer. Une branche aux feuilles jaunie, un jardin terreux et des collines blanchâtres en toile de fond suffisent à dire ici l'automne des désirs, ce moment où on fait l'inventaire (puisque c'est de cela qu'il s'agit) de ses échecs. Cela tient enfin et surtout à la qualité d'interprétation des comédiens, à commencer par Caroline Gasser, qui suggère, sans pathos, l'abîme de son personnage. Sans oublier le couple formé par Philippe Mentha et Lise Ramu, couple qui est l'humanité même, entre faux détachements et vieillesse canaille.

Théâtre Kléber-Méleau, Renens, jusqu'au 8 avril (tél.021/625 24 89).