Scènes

Yasmine Hugonnet, l’art du mouvement arrêté

Aux Printemps de Sévelin, dans «La Ronde», la chorégraphe vaudoise a revisité la danse folklorique au ralenti. Prenant

Certains spectacles de danse ébouriffent et décoiffent. Philippe Saire, directeur des Printemps de Sévelin, a, dans sa dernière pièce, Utopia mia, décliné les notions d’émancipation sur le mode fougueux et volcanique. D’autres spectacles, tout aussi dansés, prennent le parti de la lenteur et du mouvement tenu, pour ne pas dire retenu. Une position est adoptée et lentement, très lentement, évolue. Par petites touches, inflexions, torsions. Orfèvrerie.

Ce vocabulaire du corps-peinture, c’est celui de Yasmine Hugonnet, Vaudoise de 35 ans qui a fait ses classes à Paris et en Hollande. Après un solo remarqué, Le Récital des Postures, qui continue à tourner, la jeune artiste a élargi son concept au collectif. Associée à trois danseurs, elle a présenté La Ronde, ce week-end, aux Printemps de Sévelin où elle revisite le principe de danse folklorique sur un mode presque statique. Ou comment les émotions naissent du geste infime et suspendu.

Pas de musique, des éclairages réduits à l’essentiel -un beau contre jour au deux-tiers du spectacle rappelle même leur présence! –, quatre danseurs, un garçon, trois filles, habillés de noir: La Ronde est à la danse ce que le jansénisme est à la religion. Une sorte de retour aux fondamentaux, une rigueur de traitement, une adéquation exigeante (mystique?) entre quête intérieure et expression extérieure. Pour cette Ronde, les quatre corps se rapprochent et s’éloignent, s’imbriquent et se libèrent, tournent dans un sens et dans l’autre, selon les codes des danses populaires. Mais le ralenti, l’extrême soin porté aux mouvements et les nombreux moments de suspens remplacent l’élan par un focus, une conscience de l’instant.

Evidemment, une telle grammaire exige une maîtrise hors pair. Dimanche, quelques imprécisions et hésitations ont, par moments, entamé ce principe d’intensité (choré) graphique. Mais lorsque, pour la première fois, le manège des quatre s’est ébroué à l’unisson, on a été saisi d’un vertige lié à la puissance que dégage cette attention portée à chaque action. Le spectacle part en France et en Italie. Il va gagner en puissance et en cohésion au fil des représentations.

Festival local et international, Les Printemps de Sévelin courent jusqu’au 20 février. De quoi découvrir notamment la plongée en obscurité d’Ann Van den Broek ou les corps déformés d’Euripides Laskaridis. Mais tout de suite, ce mardi et ce mercredi, place aux danseurs émergents avec les Quart d’heures, ce tremplin ouvert à la jeune création. Depuis 2013, ces compagnies locales bénéficient d’un regard extérieur et d’une assistance à la diffusion. Une belle manière d’entrer dans la danse.


Les Printemps de Sévelin, jusqu’au 20 février, Théâtre Sévelin 36, Lausanne, 021 620 00 10, www.theatresevelin.ch

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