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Dans ses textes, Olly Alexander, chanteur et leader du groupe, affirme son homosexualité sans détour.
© Burak Cingi/Redferns ©

Musique

Years & Years, le sacre du charnel

Après avoir enflammé les ondes en 2015, le trio britannique revient avec «Palo Santo», dévoilé le mois dernier. Un album qui allie spiritualité et sensualité décomplexée

Years & Years, le nom ne vous dit peut-être rien. Pourtant, il y a fort à parier que vous avez un jour remué sur King, le premier tube du trio britannique sorti en 2015. Un bijou électro-pop qui avait gravi cette année-là le podium des charts suisses.

Parions alors que vous n’avez jamais croisé la route d’Olly Alexander. Pour la simple et bonne raison que le leader de Years & Years, 28 ans, n’est pas de ceux qu’on oublie: silhouette gracile, cheveux rouge orangé (ou blonds peroxydés, c’est selon), boucle d’oreille pendante et tenues kaléidoscopiques, le jeune chanteur est plutôt du genre visible. D’ailleurs, le style de Years & Years semble être à l’image des audaces vestimentaires d’Olly Alexander: flamboyant, irisé, électrique. Une sorte de house colorée de synthés rétros hyperefficaces, du son de boîte de nuit sans les basses abrutissantes et la piste collante.

Communion, le premier album du groupe londonien, enchaînait les bombes dansantes comme Shine ou Take Shelter, qui avaient explosé sur les ondes et jusqu’aux Docks de Lausanne en mars 2016 pour un concert affichant complet. Entouré du bassiste Mikey Goldsworthy et du faiseur de beats Emre Türkmen, Olly Alexander, également acteur à ses heures, y dévoilait une voix délicate et un charisme épidermique. Avant qu’il ne se coince le dos et se voie contraint de quitter la scène un peu trop tôt.

Ambiguïté assumée

Coincé, le trio londonien l’aura aussi été au moment de relancer la machine. Sous pression, souffrant du classique «syndrome du deuxième album», il mettra trois ans à concocter le nouveau-né, Palo Santo. Qui, à l’arrivée, déborde de cette même énergie électro-pop qui fait la patte de Years & Years. Et fourmille d’influences.

A commencer par la spiritualité, thème omniprésent sur l’album, jusque dans son titre: «palo santo», littéralement «bois sain», fait référence à un arbre d’Amérique centrale, brûlé par les Incas pour éloigner les mauvais esprits. Fasciné par les rites religieux et leur force rassembleuse, Olly Alexander les associe constamment à la célébration qu’est la pop… et aux plaisirs charnels.

C’est le second pendant de cet album. Connu pour son discours ouvert sur l’homosexualité, le natif de Yorkshire fait de la musique un canal où explorer les méandres de l’identité et de la sensualité. Si cet engagement était déjà présent sur Communion, il est bien plus assumé sur Palo Santo, dont le nom est aussi un clin d’œil à l’anatomie masculine. «Avant, j’avais peur de mentionner de m’adresser à un pronom masculin dans mes chansons, confiait récemment Olly Alexander au Paper Magazine. Cet album est plus ambigu.»

Androïdes en mal d’amour

Sur des rythmes échevelés, teintés d’influences R’n’B, le chanteur aborde la passion, les désirs multiples et complexes de ses amours passées. Dans le très réussi Palo Santo, il évoque l’ivresse d’un triangle amoureux, tandis qu’il s’adresse à un amant encore dans le placard sur Preacher: «Penses-tu à ce que ton père dirait s’il nous voyait?»

Se posant à la fois comme tentateur charnel et icône d’une liberté totale, Olly Alexander pousse la fièvre à l’extrême, laissant même transparaître, sur le mi-mystique, mi-tribal Sanctify, des fantasmes BDSM: «Ne te brise pas/purifie mon corps à travers la douleur […] je n’aurai pas honte/sanctifie mes pêchés quand je prie».

Comme si danser permettait d’évacuer les trop-pleins, comme s’il ne pouvait faire autrement, le trio de Years & Years lâche rarement la cadence, même lorsqu’il s’agit de parler chagrins. Ainsi, Howl évoque les doutes d’un Olly Alexander adolescent qui tremble d’assumer qui il est, et le groupe choisit If you’re over me, hymne léger et rebondissant, pour raconter les frustrations, universelles cette fois-ci, de la rupture.

Si Palo Santo n’aligne pas les tubes contagieux comme son prédécesseur, il offre une solide playlist aguicheuse et festive. Dévoilé en même temps que l’album, un court métrage imaginé par le groupe dépeint un monde futuriste, libéré de toute hétéro-normativité et dominé par des androïdes. En mal d’amour, ceux-ci font appel aux derniers humains pour leur insuffler un semblant d’émotion. Une dystopie reflétant à merveille l’univers de Years & Years, qui invite à vivre sans complexes et ressentir sans limites.


«Palo Santo», Years & Years, 2018 (Polydor).

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