Yirmiyahu Yovel

Les Juifs selon Hegel et Nietzsche

Trad. de Sylvie Courtine-Denamy

Seuil, 348 p.

Un préjugé tenace fait de Nietzsche un antisémite notoire, voire un précurseur du nazisme. Pourtant, tout lecteur même approximativement sérieux le sait bien, rien de cela ne résiste à l'épreuve des textes. La chose est maintenant confirmée par le savant historien des idées Yirmiyahu Yovel qui, au terme d'une analyse fermement menée, établit, entre autres points, trois thèses originales: 1) l'anti-antisémitisme avéré de Nietzsche fut chez lui un dépassement de soi, puisqu'il grandit entouré d'antisémites et qu'il éprouvait une grande admiration pour Wagner; 2) son anti-antisémitisme puise à la même source philosophique que son anti-christianisme; 3) ses attaques, Nietzsche les réserve à une seule forme de judaïsme, le «judaïsme sacerdotal» ou du «second temple», ancêtre du christianisme; en

revanche, il ne ménage pas ses éloges pour le judaïsme biblique d'un côté, celui de la Diaspora

de l'autre. Ces fines analyses gagnent une ironie supplémentaire du fait qu'elles sont placées en contrepoint d'une lecture de Hegel, grand maître de raison, bien plus hésitant sur ces questions que «l'irrationaliste» Nietzsche…