Ya-t-il une vie au cinéma après le comique de scène et de télévision? Oui, même si, dans la plupart des cas, le résultat est catastrophique (cf. Christian Clavier, Gad Elmaleh, Kad et Olivier, Eric et Ramzy, Michael Youn, les Robins des Bois, etc.). La réussite d'Aaltra, actuellement sur les écrans après décoction par le couple de Canal + Benoît Delépine et Gustave Kervern, en appelait une autre, également tournée en Belgique, loin du système de production français qui ne fait plus rire personne: Quand la mer monte, le premier film signé par la diva triste des Deschiens Yolande Moreau.

Involontairement, Yolande Moreau et son coréalisateur Gilles Porte, un documentariste, apportent une réponse du Nord au Lost in Translation de Sofia Coppola: une actrice comique en tournée (Moreau) se lie d'amitié avec un garçon plus jeune qu'elle (Wim Willaert), loser un peu perdu qui renaît à ses côtés. Comme il se doit, leurs chemins se sépareront sans que l'amour soit consommé. Parce que la rencontre est autre: Moreau et Porte filment avec sensibilité l'attraction qui naît entre deux âmes sœurs, compagnons de bars et de carnaval. Comme fil conducteur, Yolande Moreau joue face au public un extraordinaire one-woman-show qu'elle interprétait dans les années 80, avant de rencontrer le succès que l'on sait aux côtés de Jérôme Deschamps.

Simple et doux, magnifiquement interprété et intégré dans le tissu social, celui des marchés et des défilés de géants, Quand la mer monte s'impose avec naturel. La preuve: les apparitions des amis de Yolande Moreau (Jacky Berroyer, Jacques Bonnaffé, Olivier Gourmet…) ne paraissent jamais greffées pour réveiller l'attention. Il s'agit ici de pure amitié. Et ça se sent.

Quand la mer monte, de Gilles Porte et Yolande Moreau (Belgique 2004), avec Yolande Moreau.