Enfant, Beshay a contracté la lèpre et ses parents l’ont abandonné. Chiffonnier de son état, ce petit bonhomme est un râleur optimiste, avec un bon cœur. Après le décès de sa femme, il se met en tête de retrouver sa famille. Commence une improbable quête à travers l’Egypte en compagnie d’un âne blond et d’un orphelin qui s’appelle Obama, «comme le mec de la télé». Un trio d’innocents qui, passant devant une bâtisse quelconque, se demande si ce sont les pyramides.

Vivacité de Rady Gamal

Ce road movie qui va au pas perpétue les histoires de Nasr Eddin Hodja, le Oin-Oin des Mille et une nuits, avec une touche de Bibi Fricotin lorsque Beshay, jeté en cellule, s’évade déguisé en intégriste. Ce misérable appartient à la famille des Mendiants et orgueilleux d’Albert Cossery. L’émotion marche aux côtés de l’humour. Comme Elephant Man, le paria crie: «Je suis un être humain.» Au sein d’une petite cour des miracles, il fait l’apprentissage de la solidarité entre gueux.

Nos grands-mères auraient dit: «C’est un joli film.» Les marketeurs diront: «C’est un film qui fait du bien.» Yomeddine trouverait aisément sa place dans un ciné-club de patronage. Mais ce conte philosophique, premier long métrage d’A. B. Shawky, né en 1985 au Caire, se distingue par son absolue dignité, sa tendresse pour le genre humain et l’extraordinaire vivacité de Rady Gamal, qui a la gueule de Lou Reed passé au micro-ondes et le sourire d’un enfant.