Une procession dans le désert. Au milieu de nulle part, dans la province d’Aljazira, au sud-est du Soudan, des villageois viennent à la rencontre d’un cheikh, figure religieuse respectée consultée comme un oracle. Sakina lui présente son nouveau-né, Muzamil. C’est alors qu’un derviche entré en transe s’écroule, subitement foudroyé. Le cheikh y voit un mauvais présage: Muzamil mourra le jour de ses 20 ans, affirme-t-il. Incrédule et effrayé, le père du garçon ne tardera pas à s’enfuir, laissant Sakina seule avec ce petit condamné.

Amjad Abu Alala est né et a grandi à Dubaï. A l’adolescence, il a vécu cinq ans au Soudan, son pays d’origine. C’est là qu’il est tombé amoureux du cinéma, dit-il, en découvrant un film de Youssef Chahine. Cette épiphanie, il la montre dans une belle séquence de You Will Die at 20, son premier long métrage, lorsque Muzamil va se retrouver pour la première fois, à 19 ans, face à la puissance des images animées. Comme une porte d’entrée, alors qu’il croit atteindre le crépuscule de sa vie, vers d’autres mondes.

Primée à l’automne dernier à Venise, You Will Die at 20 est la première fiction réalisée au Soudan depuis quarante ans. Le film aurait dû connaître sa première suisse à l’occasion du Festival international de films de Fribourg (FIFF), avant une sortie en salle le 1er avril. Son distributeur, Trigon-Film, a finalement décidé de le proposer en vidéo à la demande sur le site Fimingo, qui propose un large choix de films d’auteur du monde entier. Une belle occasion de découvrir une œuvre précieuse, tant par la puissance de son récit que par sa magnifique photographie, opposant la luminosité de vastes paysages à l’ombre des maisons étroites dans lesquelles se jouent des drames invisibles.

«You Will Die at 20», d’Amjad Abu Alala (Soudan, 2019), avec Mustafa Shehata, Islam Mubarak, Mahmoud Elsaraj, Bunna Khalid, 1h45. Disponible en vidéo à la demande sur la plateforme filmingo.ch


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