jazz

Youn Sun Nah: la consécration, et après?

Le souci du grand public inspire à la star un CD globalement plus sage que ses réussites passées

Genre: JAZZ
Qui ? Youn Sun Nah
Titre: Lento
Chez qui ? (ACT/Musikvertrieb)

On reste acquis à sa cause, mais, pour le coup, on lui refuse les triomphales cinq étoiles. Explications? Oh, simple comme bonjour – ou comme business. Same Girl, précédent opus de la Sud-Coréenne Youn Sun Nah, a cartonné (rien qu’en France, le public en a fait la meilleure vente de jazz de l’année 2011). Toutes sortes de récompenses ont suivi, dont le titre musicalement creux mais flatteusement honorifique de «chevalier de l’Ordre des arts et des lettres».

Tout cela pour aboutir au présent Lento, disque qu’on dira tout en retenue pour faire plaisir aux fans, ou en état d’(auto)surveillance pour s’extraire de la langue de bois. Le début est même, pour ceux qui ont vibré à son concert lumineux du Cully Jazz 2012, assez franchement déconcertant. Ce n’est pas (encore) calibré FM, mais on se dit que l’heure du choix approche. Et puis les choses s’arrangent, après ces épisodes lyrico-glamour ou bel canto glacés qu’on dirait empruntés au dernier Barbra Streisand. Elles virent même à l’excellent, quand la diva s’évade dans un de ces scats hyperprécis («Momento Magico») qui faisaient son fonds de commerce dans ses albums d’avant, ou dans ses live d’aujourd’hui, et qui constituaient l’une des raisons les plus objectivement imparables de l’aduler. Autre surprise et autre raison d’attendre, mais aussi d’exiger, d’elle monts et merveilles: l’énergie de rockeuse qu’elle insuffle au très country «Ghost Riders In The Sky» où semblent convoqués Tom Waits, Bianca Castafiore et Janis Joplin. Qui d’autre pour oser si délicieuse hérésie?

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