Paléo

Les Young Gods recadrent «Woodstock»

La formation de Franz Treichler déconstruit le documentaire du plus célèbre rassemblement musical de l’histoire pour en faire un nouvel objet d’art, ambitieux et passionnant. A découvrir ce mercredi soir, sur la Grande scène

Il y a des images qui peuvent changer le cours d’une vie. Celle de Franz Treichler a pris un tournant qui dure toujours, quand, pour la première fois, les 180 minutes du documentaire Woodstock sont entrées dans la maison de ses parents. Les longues séquences du rassemblement musical et contestataire américain ont tout simplement défini les horizons et les aspirations du chanteur. Après Woodstock, le gamin de ces années 70 a su qu’il serait musicien. «J’ai ressenti une véritable vocation», lance sans détours la voix des Young Gods.

Quarante ans plus tard, il est bien sûr question d’honorer l’anniversaire. Paléo s’y est mis en élaborant un labyrinthe de branches tressées qui évoque l’événement (LT du 21.07.2009). Le festival a invité aussi les Young Gods. Parce que le groupe de Franz Treichler s’est emparé, il y a quelques années, du documentaire Woodstock pour donner vie à un projet ambitieux et saisissant, qui marquera sans doute l’histoire de la 34e édition du festival.

Ce soir, sur la Grande scène, il sera donc question du film de Michael Wadleigh. Mais dans une nouvelle parure, qu’on ne lui connaît pas. Les images de la foule et des interminables embouteillages de voitures, celles aussi qui ont fixé l’étonnement et parfois la colère des voisins d’un domaine agricole improvisé en immense scène à ciel ouvert, mais surtout, ces séquences qui ont immortalisé des chanteurs et des groupes de l’époque, prendront avec les Young Gods et la chanteuse Erika Stucky une tout autre forme, entièrement déconstruite et recomposée. «Nous avons réduit le format du documentaire à 80 minutes, explique Franz Treichler. Chaque membre du groupe a choisi les morceaux et les scènes qu’il souhaitait retenir pour le projet. Puis on s’est mis au travail.»

Les gestes qui ont suivi, les coupes aux ciseaux, le nouveau montage, puis le travail sur le son et la composition, ont donné vie à un objet artistique étonnant. Le groupe l’a présenté pour la première fois au parc des Bastions de Genève, lors de la Fête de la musique en 2004. Puis, à de rares occasions, ailleurs en Suisse et en Europe. De quoi est-elle faite, cette sonorisation revisitée? D’un ensemble de trouvailles disparates et cohérentes à la fois: «Nous avons parfois repris les morceaux et nous les avons adaptés aux canons esthétiques du groupe. Sur l’écran, on peut voir, par exemple, un morceau de Santana et entendre en parfaite synchronisation l’habillage sonore de notre version. A d’autres endroits, nous avons tout simplement remixé le film, ou encore, nous avons pratiqué de nouveaux découpages aux chansons.»

L’objet transfiguré jongle avec les styles et les genres. Il sonne tantôt rock, tantôt très électronique. Il traduit l’énergie que dégagent les images d’archives et s’envole aussi vers des contrées plus planantes et poétiques. «Je le considère comme un hommage, précise Franz Treichler. Parce que les images de Woodstock, de cette foule si impliquée dans la musique et dans des valeurs politiques, me bouleversent toujours.» Le projet hasardeux, qui a suscité parfois les doutes et les remarques ironiques, recueille aujourd’hui l’adhésion du public. Ce fut le cas, ces derniers jours, au Portugal, puis aux Nuits de Fourvière en France. Ailleurs, comme à Willisau il y a deux ans, la suspicion du public et «ces points d’interrogations qui collaient sur les visages et que j’adore observer, se sont très vite dissipés.»

Le recadrage de Woodstock, version Young Gods est servi pour la cinquième fois seulement depuis 2004, «parce qu’à chaque représentation, on est confronté à une machine très lourde, à des droits d’auteur qui concernent beaucoup de personnes». L’invitation des organisateurs de Paléo n’a cependant pas laissé de place aux doutes: «Le festival de Nyon est un enfant de Woodstock, à ses origines, il prolongeait son esprit. On sait que les fondateurs Daniel Rossellat et Jacques Monnier allaient à vélo jusqu’à Genève pour voir le film en 1971. Cinq ans plus tard, ils ont créé leur propre festival.» Oui, il y a des images qui peuvent changer le cours d’une vie.

Paléo Festival, jusqu’au 26 juillet. Rens. www.paleo.ch

L’objet transfiguré traduit l’énergie que dégagent les images d’archives et s’envole vers le poétique

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