Fils d'un peintre renommé en Corée, Young Sé Lee pratique la calligraphie et la peinture. Vivant en France depuis son enfance, il tend un pont entre les traditions picturales de son pays, proches de celles de la Chine, et les pratiques contemporaines. Les peintures récentes exposées à la galerie Numaga se présentent comme des plages accidentées, où court une couleur sereine, qui passe les obstacles, se nourrit des reliefs, avale les ombres.

Young Sé Lee a travaillé le bois, réalisé des constructions qui exhibaient, à nu, un réseau de lignes et de formes. Le bois, aujourd'hui, n'est plus nu, le plus souvent, il n'est même plus là du tout. Il subsiste en négatif, matrice dont la surface du tableau conserve le souvenir. En effet, l'artiste commence par creuser la plaque de chêne ou de contreplaqué, il y grave des sillons, des alvéoles, en dégage les arêtes et les pics. Là-dessus, il pose des papiers mouillés, encollés, qu'il libère ensuite de leur moule, avant de les corriger, d'en modifier çà et là le rythme, les effets d'ombre, l'inclinaison des pentes. Enfin intervient la couleur, une couleur qui varie étrangement selon l'éclairage.

C'est ici le vert intense et tendre d'une prairie, ou l'allure sablée d'un tapis de cendres, ou encore la grisaille rougeoyante de braises, c'est là un étagement de dunes, ou la rugosité d'une écorce. Les titres renvoient au monde de la nature, une nature nullement policée, comme n'est pas polie du tout la surface de la toile recouverte de papier. Bien au contraire: les creux et les bosses dessinent en filigrane un dessin, un motif qui lui aussi varie selon la nature de l'éclairage. L'atmosphère est tout autre, selon qu'on allume ou non la lumière électrique. Mais l'atmosphère générale, propre à l'univers de Young Sé Lee, reste la même: celle d'un monde par endroits enténébré, par endroits lumineux, où le souvenir des jours heureux s'inscrit dans la matière, où cette matière, vivante, diffuse un discours lancinant et apaisant.

Sortir de l'ordinaire

La seconde artiste exposée à Colombier travaille selon d'autres procédés. Son matériau est le ruban adhésif, dont elle orne salles et fenêtres, de manière à métamorphoser un environnement donné. Comme le Musée d'histoire naturelle de Neuchâtel, où la vision d'oiseaux de chez nous est traversée et rehaussée de bandes noires ou jaunes, qui permettent de sortir de l'ordinaire ce spectacle à la fois charmant et monotone. De cette intervention subsistent de belles photographies, exposées aux côtés de petits tableaux minimalistes uniquement composés d'un alignement de bandes adhésives, beiges le plus souvent. Tout en délicatesse et en rigueur, ce travail pictural qui ne recourt pas à la pâte picturale séduit par sa pauvreté, et le sourire amusé qu'on devine sous la sévérité des traits.

Galerie Numaga (rue de l'Etang 4, Colombier, tél. 032/842 42 59). Me-di 14h30-18h30. Jusqu'au 15 octobre.