classique

Yuri Temirkanov, le grand souffle russe

Le chef a dirigé l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg mardi soir au Septembre musical de Montreux. Un beau concert au lyrisme frémissant

Yuri Temirkanov, c’est la tradition russe par excellence. Sous ses airs de gentleman, il a l’autorité d’un tsar. Ce chef d’orchestre, 73 ans, dirige depuis bientôt vingt-cinq ans l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg. Mardi soir à l’Auditorium Stravinski de Montreux, le public l’a applaudi à tout rompre après une «4e Symphonie» de Tchaïkovski au souffle (très) ample. Une interprétation puissante malgré des imprécisions (aux cuivres en particulier!) dues sans doute à la fatigue accumulée au terme d’une tournée en Europe.

Yuri Temirkanov n’a rien d’un démiurge aux mouvements convulsifs et spectaculaires. Son souci: faire respirer le tissu orchestral. Ses gestes sont amples, quoique économes. A peine a-t-il entamé l’Ouverture «La Grande Pâque russe» de Rimski-Korsakov qu’on est séduit par ces cordes lustrées. Aux premières pages emplies de féerie (les solos d’instruments: violon, violoncelle, bois, harpe, etc.) succède un épisode plus enfiévré ponctué de fanfares noires aux cuivres. L’orchestre s’enflamme peu à peu pour devenir rutilant. Certes, on a connu des versions plus serrées et tendues mais la beauté des timbres envoûte les sens.

Viktor Tretiakov, grand violoniste âgé aujourd’hui de 66 ans, ne tient pas ses promesses dans le «2e Concerto en sol mineur op.63» de Prokofiev. Les tempi sont globalement modérés. Son violon manque de puissance et d’éclat; le vibrato est assez marqué, l’intonation laisse parfois à désirer. Dans le deuxième mouvement («Andante assai»), où le violon devrait planer sur l’accompagnement en pizzicati des cordes, on s’ennuie passablement. Yuri Temirkanov a beau animer les climats (ces syncopes à l’orchestre dans le «Finale»), l’esprit ironique de Prokofiev n’est pas assez souligné. Une lecture honnête, mais pas enthousiasmante.

Après l’entracte, Yuri Temirkanov empoigne la «4e Symphonie» de Tchaïkovski, «tube» parmi les tubes. L’introduction aux cuivres est un peu imprécise et molle. C’est surtout dans les passages élégiaques que le chef émeut. Il y a là une chaleur, une densité d’émotion que véhiculent les cordes fauves et les bois (solos de clarinette, flûte, hautbois…). Yuri Temirkanov n’hésite pas à forger un «rubato» qui permet à la musique de s’épanouir en toute liberté. Les «tutti» sont rutilants – quoique un peu empâtés parfois. Le «Scherzo» séduit par son épisode central aux bois pimpants. Dans le «Finale», l’orchestre sonne avec un panache typiquement russe. Ce son ample, riche, presque gras fait la signature de l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg. Deux bis, l’un délicieusement langoureux («Salut d’amour» de Elgar), l’autre goguenard (une pièce avec un solo de trombone et un solo de contrebasse tirée de «Pulcinella» de Stravinski), enflamment le public. Une ovation à laquelle le chef répond la main sur le cœur.

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