Yuri Temirkanov et l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg ont fait le plein, lundi soir, au Rosey Concert Hall à Rolle. Le public est venu nombreux (en plus des élèves de l’école privée) pour assister à un concert centré sur la musique de Stravinski et Ravel.

D’emblée, on retrouve les sonorités si caractéristiques de cette formation typiquement russe. Les cordes soyeuses et plantureuses, les cuivres éclatants, un peu gras et pétaradants (on frôle la saturation dans cette salle de 900 places), la petite harmonie (avec un hautbois au timbre un peu pincé et nasal) illustrent une longue tradition que le chef Yuri Temirkanov perpétue avec amour depuis bientôt trente ans à Saint-Pétersbourg.

Petrouchka de Stravinski éblouit par la palette de couleurs. Temirkanov n’aborde pas ce ballet à la manière d’une partition aux jeux rythmiques abstraits (Boulez). Econome, levant de temps à autre le regard vers les musiciens, il brosse les tableaux d’une Russie profonde. Il fait ressortir tel trait d’orchestration (ce son incongru du basson dans le grave), s’autorise quelques rubati et fluctuations de tempo pour camper des atmosphères. Grâce à lui, on entend le substrat populaire de l’œuvre, entre fête champêtre et mélancolie teintée de tristesse. Ce n’est pas toujours très précis, mais l’orchestre vibre de puissantes couleurs évocatrices.

Thibaudet élégant et virtuose

Jean-Yves Thibaudet a brillé dans le Concerto en sol de Ravel. Elégant, virtuose, très habité dans le mouvement lent, il a joué en bis un arrangement de la ballade Prelude to a kiss de Duke Ellington. Yuri Temirkanov et ses musiciens ont montré leurs limites dans La Valse de Ravel: textures trop riches, cordes plantureuses, accents un peu rachmaninoviens ou brahmsiens, bref, ce n’est pas leur univers. Le bis (une pièce russe) était mille fois plus en accord avec leur tradition, permettant de savourer une fois de plus leurs sonorités.