Plein air

A Yverdon, le Castrum va jouer sur le fil de l’équilibre

De jeudi à dimanche, le festival pluridisciplinaire propose quarante rendez-vous de musique et de cirque autour du château

Un pianiste suspendu dans les airs. Un équilibriste perché sur un caddie. Une exposition caustique sur la consommation de plastique. Ou encore, un concert basé sur des instruments créés par un artiste ferblantier. Pour leur vingtième édition, les Jeux du Castrum promettent d’exciter la curiosité, de jeudi à dimanche prochains, à Yverdon-les-Bains. C’est que le festival, qui attend 10 000 personnes, porte la marque singulière de son directeur-programmateur, Damien Frei. Cet Yverdonnois de 32 ans, qui a programmé l’Amalgame pendant six ans, est convaincu que la quête d’équilibre est la grande affaire de l’humanité. D’où, autour du château, ces 40 rendez-vous «sur le fil», dont cinq seulement sont payants.

Le Temps: Damien Frei, quelle est la particularité du Castrum?

Damien Frei: C’est un festival de proximité. Déjà parce que deux tiers des compagnies sont suisses, mais surtout parce que nous programmons des spectacles qui valorisent ou questionnent des lieux d’Yverdon. En cas de grosse pluie, les spectacles seront soit déplacés, soit annulés. Notre page Facebook et des stands informeront le public.

Des exemples de dialogue entre le spectacle et le lieu?

A l’avenue des Sports 5, un ex-site industriel qui accueille aujourd’hui des artistes et des artisans, on programme par exemple les créations expérimentales de Mike Barclay, un ferblantier musicien qui construit lui-même ses instruments. On crée ainsi un pont entre le passé du lieu et son actualité. Dans cette même idée, Courir, le spectacle musical que Thierry Romanens consacre à l’athlète Zatopek, sera à voir, vendredi soir, dans le stade de football. Enfin, la chanteuse de fado Lula Pena se produira samedi dans le temple, car je tiens à ce qu’on écoute sa musique religieusement! C’est d’ailleurs aussi pour cela que le spectacle est payant. Il s’agit d’éviter les entrées et sorties incessantes du public.

L’an dernier, en collaboration avec Sylvain Maradan, vous signiez un festival très interactif. Cette année, il y a plus de cirque et moins de projets participatifs. La raison de cette évolution?

Déjà, je précise que Sylvain a quitté le Castrum parce qu’il est absorbé par l’ouverture d’un café à Fribourg. Ensuite, c’est vrai que, cette année, il y a plus de cirque contemporain que l’an dernier, car je suis frappé par l’inventivité de cette discipline. Son intensité est aussi liée au fait qu’elle mêle danse, acrobatie, recherche visuelle et, de plus en plus, de la musique live. Comme Landscape, à voir vendredi et samedi sur la place Pestalozzi. Dans cette proposition de la Compagnie Migration, deux équilibristes évoluent sur une machine à la Tinguely, à sept mètres du sol, accompagnés par un batteur qui joue en direct.

Vous avez un faible pour les spectacles d’équilibre, à l’exemple encore du «caddilibriste» ou du poète des poids et des planches, à découvrir dans «Les Promesses de l’incertitude»…

Oui, je suis fasciné par cet art qui consiste à trouver la bonne balance, la juste place dans l’espace. C’est une quête humaine, non? Harmoniser le dedans et le dehors, le familial et le social, le personnel et le collectif… Je pense que l’intérêt que l’on a pour les équilibristes vient beaucoup de ce désir commun à tous.

La musique occupe plus de la moitié de l’affiche du Castrum. Quelle est votre ligne dans ce domaine?

Je suis éclectique, le Castrum peut tout programmer. Du plus intimiste au plus festif. A ce propos, toutes les soirées du festival se terminent avec des DJ, de 2h à 4h du matin. Là encore, l’important est l’adéquation de la proposition avec le lieu. Cette année, nous accueillons un concert de l’aube, Piano vertical. A 5h du matin, du vendredi au dimanche, Alain Roche jouera dans les airs, au-dessus du chantier de l’esplanade du château. C’est un projet totalement insolite qui profite des grues des travaux et crée une brèche poétique.


Les Jeux du Castrum, du 15 au 18 août, Yverdon-les-Bains.

Publicité