La Malinche, Belliou la fumée, les Moumines, et la Vouivre d’Expo 02 aussi, tous sont en deuil aujourd’hui. Yves Baudin est décédé brutalement dans la nuit de vendredi à samedi, à 57 ans, à la suite d’un malaise cardiaque. Codirecteur, avec sa compagne Corinne Grandjean, du Théâtre de la Poudrière et de la Semaine internationale de la marionnette en pays neuchâtelois, il a mis en scène les spectacles auxquels ces personnages ont donné leur nom, et bien d’autres encore.

Vano, ou Yvanno, comme tout le monde l’appelait, c’est une vie avec les marionnettes, puisque ses premiers spectacles, il les a conçus enfant, avec des poupées dont son père Francis sculptait les têtes, dans cette maison de la rue de la Poudrière où le FLN préparait les rencontres d’Evian. C’étaient des spectacles entre copains, pour le voisinage. Plus tard, Francis servira de chauffeur, pour les tournées dans le Val-de-Ruz d’une petite troupe dont une partie va, ensuite, se professionnaliser et parcourir l’Europe.

Dans les salles de Neuchâtel

Yves Baudin écrit un mémoire sur «les structures du discours marionnettique», découvre l’avant-garde théâtrale au Festival de Nancy. Il choisit bientôt de ne plus monter sur scène, où il se trouve peu heureux. Mais des générations d’amateurs ont découvert le plaisir de la scène avec lui, grâce à son cours au Centre culturel neuchâtelois.

Toute sa vie aura été un constant va-et-vient entre goût de la recherche et plaisir du partage. Il avait le besoin de faire prendre la marionnette au sérieux, de faire comprendre que, dans son infinie variété, elle offre toutes les libertés, permet de rendre compte de tous les sentiments, pour les adultes autant que pour les enfants.

Et en même temps, il n’aimait rien mieux qu’échanger avec le public et les artistes, au bar après les spectacles. Pendant la Semaine de la marionnette, il aurait aimé être dans toutes les salles de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds, pour revoir les spectacles choisis à travers l’Europe, sans doute, mais aussi pour se réjouir de la stupéfaction des spectateurs devant des crevettes personnifiées (Shrimp Tales, de Hotel Modern en 2009), leur émerveillement face à la grâce d’une manipulation, leur impression devant le dernier ­Neville Tranter, un des maîtres de la marionnette régulièrement ­invités.

Depuis 2011, une bonne partie des personnages de la Poudrière nourrit une exposition sur les marionnettes suisses qui circule à travers l’Europe, et terminera son voyage à Neuchâtel. Ce sera une belle occasion, avec la 15e Semaine de la marionnette, en novembre, de rendre encore hommage à Yves Baudin .