Ils l'ont tellement désirée, cette exposition. Roland Petit et Zizi Jeanmaire en parlaient depuis des années. Et puis voilà que ça se fait, grâce à Cäsar Menz, directeur des Musées d'art et d'histoire, souligne le chorégraphe. «Nos trésors dormaient dans un entrepôt au Port-Franc. J'ai dit à Menz que nous souhaitions les montrer au Musée Rath. Il a dit «d'accord!», sans demander à voir ce qu'il y avait.»

Que respire-t-on alors, dans ce palais hanté par mille romans? Le parfum du désir et de l'amitié, de la débauche et de l'amour avec accent tonique sur le «a». Rien de sérieux! Tout d'essentiel. Au rez-de-chaussée, des dessins de Cocteau croisent le torse bestial d'un faune: Bourdelle, qui fut l'élève de Rodin, s'inspirait de Nijinski, incendiaire dans L'Après-midi d'un faune. Un peu plus loin, comme en écho, une lettre dactylographiée de Nijinski à Roland Petit. L'ex-étoile russe venait de voir la fameuse Carmen à Londres. On était en 1949. Il était sous le choc.

Pour juger, il faut s'arrêter dans la grande salle du centre. Carmen y est projeté sur écran; aux murs, des dessins de costumes signés Antoni Clavé. A l'image, Zizi y apparaît telle que la légende l'a fixée, coupe garçonne imposée par Roland Petit. Elle et lui formaient alors un couple animal et céleste. Tout le monde voulait éprouver leur feu. Cette fièvre-là, ils l'ont dansée 2000 fois. Chansonniers, milliardaire et enfants de Saturne étaient alors au pied de la croqueuse de diamants - chanson que Raymond Queneau offrit à Zizi. Les plumes sont venues plus tard. Mais les élans n'ont jamais cessé. C'est toute une époque qui nous parle dans le creux de l'oreille, grâce à Alexandre Fiette, commissaire de l'exposition. Ici, par exemple, une épître d'Yves Saint-Laurent à Zizi. Des cœurs qui volent autour d'une gouailleuse haut perchée. On a l'impression d'entendre son chant.