lyrique

Zacharias assagit «La Belle Hélène»

A Lausanne, si la mise en scène de Jérôme Savary est lourdement festive, le chef de son côté n’a pas su flatter la bonhomie rythmique et pétillante d’Offenbach. C’est la première incursion de Zacharias dans l’opérette.

Trente degrés à l’ombre sur la scène du Métropole. Dardée par les rayons des spots, la Grèce antique bronze voluptueusement à Nauplie, entre un tour en bouée sur une mer de draps turquoises et une sieste crapuleuse dans un des cabanons de la plage. Cerfs-volants, ballons multicolores et bikinis coquillages, tout le monde est là: la barbe blanche d’Agamemnon, roi des rois; les manières dégingandées de son fils Oreste; Calchas, grand augure de Jupiter au ventre potelé; ou encore Mélénas, souverain de Sparte, chétivement nasillard dans son un pièce rayé rose et blanc.

D’ailleurs celui-ci cherche sa femme. Où est-elle donc, cette grande, cette somptueuse Hélène? Elle l’aurait trompé avec le jeune Pâris, selon la volonté de la déesse Vénus. Et cette dernière, mécontente que l’union coupable n’ait pas été pleinement consommée, a déchaîné dans les cœurs féminins «un immense besoin de plaisir et d’amour».

La donne, semble-t-il, plaît au metteur en scène Jérôme Savary. Sa mouture de La Belle Hélène déroule son lot de bonne humeur goguenarde depuis sa création, il y a vingt-cinq ans, à l’Opéra-Comique de Paris. Même décor, même scénographie (à quelques détails près), seuls quelques jeux de mots se mettent à l’heure du terroir local. A Lausanne, on n’échappe pas au «cours des offrandes paru dans Le Matin Bleu» et autres évocations du M2 lorsque l’hirondelle messagère arrive franchement en retard.

Résultat? On rit, c’est vrai, de bon cœur parfois, du cortex rarement, du jupon souvent. Jacques Offenbach (1819-1880) écrivait en 1864 une parodie scandaleuse, aux relents de pamphlet, destinée à ouvrir une période de renouveau après qu’il eut quitté ses fonctions ruineuses aux Bouffes parisiens. Onde de choc, les critiques de l’époque se cabrent; tout de même, il s’agit d’encourager une reine à tromper sans vergogne son époux. Jérôme Savary, lui, en a fait une comédie un peu soixante-huitarde et franchement bariolée. On reste pourtant loin de la finesse que cultivait un Laurent Pelly dans la production du Châtelet, en 2000 à Paris. Reste que, si le temple et les nuages carton-pâte du premier acte promettent une fresque farceuse, voire irrévérencieuse, la mayonnaise peine à prendre au-delà de l’entrée des rois, évidemment jubilatoire.

La faute au manque total de vitriol? Un soupçon de vinaigre aurait sans doute aidé à digérer, mais il y a plus que ça. En dépit des teintes chatoyantes, des velours pourpres de la chambre royale où Hélène et Pâris succombent à leurs sentiments, des dentelles bleu-blanc-rouge des danseuses de cancan ou des sous-vêtements léopard du jeune fougueux, l’ensemble dégage une excitation pastel, un peu sur la retenue. Ce manque d’audace est à chercher non sur scène mais dans la fosse, où officie un OCL assagi par la minutie de Christian Zacharias.

C’est que le chef n’est pas à proprement parler un habitué de l’exercice lyrique; il signe ici sa première incursion dans l’opérette. Et si sa chemise noire apparaît en fin de spectacle ornée de quelques cotillons, sa direction n’en est pas moins restée étrangement figée, compromettant ainsi la bonhomie rythmique et pétillante d’Offenbach. Trop fréquents, les décalages avec les chanteurs desservent un casting vocal pourtant enthousiaste. La soprano Maryline Fallot campe une Hélène en robe du soir, délicieusement scintillante et faussement aristocrate face à un Pâris hardi comme Tarzan (le ténor Sébastien Droy) et un Ménélas aux préciosités de préfet (le ténor Rémy Corazza). Sans oublier l’Oreste insolent et ambigu de l’excellent contre-ténor Max Emanuel Cencic, frétillant comme un confetti dans le champagne.

«La Belle Hélène», de Jacques Offenbach, jusqu’au 31 décembre. Salle Métropole, Lausanne, www.opera-lausanne.ch, 021/310 16 00.

On rit, c’est vrai,de bon cœur parfois, du cortex rarement, du jupon souvent

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