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Détail de : Zao Wou-Ki: «Hommage à Edgar Varèse - 15.10.64» (offert par la veuve au MCBA), 1964, huile sur toile, 255 x 345 cm. Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, Donation

Exposition

Zao Wou-Ki, hommage à la peinture

La rétrospective de la Fondation Gianadda permet de rappeler la maîtrise du peintre, couplée à une inspiration qui doit beaucoup à la contemplation

Lorsqu’on se trouve face aux tableaux de Zao Wou-Ki, se met en place un jeu d’analogies qui évoque le spectacle du cosmos, la musique symphonique, ou tout simplement le rêve. Mais cette peinture se révèle aussi très technique, et gagne peut-être à être considérée sous cet aspect. Dans les œuvres majestueuses de la maturité, la fluidité est relevée de brefs empâtements, les zones atmosphériques, d’une belle transparence, se voient ponctuées de formes foncées, qui jettent des ponts sur le vide. Enfin, les tonalités plutôt douces, à la manière de Turner, s’avèrent être, lorsqu’on regarde de près, l’effet de myriades de petites taches, de giclures, de coulures, qui dénotent un traitement presque impressionniste, une manière à la fois professionnelle et sensuelle d’évoquer le paysage intérieur.

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Après des années et même des décennies de recherches – «recherches» ne signifie pas œuvres inabouties –, un tournant semble intervenir au milieu des années 1970. Telle est du moins l’impression qu’on a, lorsqu’on suit l’ordre chronologique de la rétrospective de la Fondation Gianadda. En dépit d’un éclairage constitué de spots, qui suscitent de malencontreux reflets sur le vernis des toiles, la nature même de cette peinture favorise un regard contemplatif, une visite à son rythme et à son pas. Le public prend son temps, va lentement et revient tout aussi lentement, s’arrête. Si les natures mortes et scènes urbaines en camaïeu, proches du graphisme de Klee, sont intéressantes, si les premières compositions tachistes, dont l’écriture fine rappelle la manière de Maria Helena Vieira da Silva, ou plus violemment gestuelles, comme cette huile «30.10.61» (le peintre titre alors ses œuvres selon leur date d’exécution), alternent les niveaux de profondeur, et sont de toute beauté, ce n’est que devant les réalisations vertigineuses ultérieures que l’on se dit: c’est du Zao Wou-Ki.

Cette sensation culmine devant une toile pourtant peu représentative, parce que construite selon un schéma vertical et presque massif: il s’agit du magnifique «Hommage à Henri Matisse I», daté du «02.02.86». Soit l’un des «hommages» où le peintre donne le meilleur de lui, comme dans le magistral triptyque adressé à Claude Monet, l’Hommage à Jean Leymarie, d’un bleu très pur, donc froid, l’Hommage à Françoise bien au contraire rouge et incandescent, décrit comme «fusionnel» par Daniel Marchesseau, commissaire de l’exposition, et bien entendu le mémorial dédié à May après la mort tragique de cette épouse aimée. L’hommage à Matisse évoque une porte ouverte, et paradoxalement fermée par un noir opaque, avec cette alliance de zones floues et de détails qui courent verticalement, telle une écriture énigmatique.

L’artiste ne cesse de se renouveler, jusqu’au grand âge. Les allusions au paysage «extérieur» se font alors plus explicites, comme en témoignent cette Tempête de 2006, ou ces compositions semées de brins verts qui rappellent les «herbes» de l’écrivain Soseki, ou encore ce motif d’une montagne, ou simple rocher, dressée devant le ciel opale.

«Zao Wou-Ki», Fondation Pierre Gianadda, Martigny, jusqu’au 12 juin. Tous les jours 10h-18h. www.gianadda.ch

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