Avec Pascal Obispo, ils forment aujourd'hui le couple le plus prolifique du paysage musical francophone. Pendant que monsieur multiplie les albums, accrochant au passage les plus gros vendeurs du moment à son palmarès (Johnny, Patricia Kaas, Axelle Red, Florent Pagny), madame s'aventure sur une voie moins balisée – même si elle a aussi commis quelques tubes pour Jojo, son rejeton David ou, naturellement, Obispo. Mais si Zazie apprécie d'écrire pour d'autres, l'ancien mannequin sait également s'occuper d'elle mieux que personne. Distinguée dès son premier album (Je, tu, ils, 1992) par une Victoire de la musique, catégorie «révélation féminine», Isabelle de Truchis de Varenne – nom de baptême de cette fille de baron – a depuis réussi un parcours sans faute, cultivant au fil des albums son personnage d'égérie diaphane. Une recette à base de finesse et d'élégance, qui a valu à Zazie de se voir une nouvelle fois consacrée par ses pairs en 1998 (Victoire de la musique, catégorie «meilleure interprète féminine»: le must!) et qui lui permet aujourd'hui d'écouler par camions entiers son dernier album, le très radiophonique Made in Love. Joli tableau de chasse dans lequel ne manque qu'un seul trophée: les planches, domaine dans lequel Zazie est encore un peu novice. Avant d'affronter la grande scène de Paléo pour un concert en forme d'adoubement, rencontre avec un mètre septante-six de charme et de lucidité.

Le Temps: L'idée de vous avancer sur une scène à ciel ouvert, devant 30 000 personnes, vous fait-elle peur?

Zazie: Pas vraiment. Je ne connais pas bien le Paléo, mais il paraît que c'est un très bel endroit et j'ai très envie de me frotter un peu aux étoiles. J'aime bien l'idée du festival plein air, même si la seule fois où je me suis produite dans ces conditions, il faisait un cagnard d'enfer. C'était lors d'une fête organisée par le Parti communiste français. Les instruments nous lâchaient les uns après les autres.

– Affronter le public, c'est important pour vous?

– Je fais partie d'une génération un peu dégénérée qui a appris la musique en tripotant des boutons dans un studio. Aujourd'hui, j'essaie de réapprendre mon métier à l'endroit, en faisant de la scène. Quand le seul retour dont on dispose est un chiffre de vente au bas d'une page, ce métier devient très abstrait. J'ai envie de savoir quelle tête peuvent avoir les gens qui écoutent mes chansons.

– Au début de votre carrière, n'étiez-vous pas plutôt une artiste de TV?

– Quand on débute, on est presque obligé de passer par la case TV. Mais le but du jeu, c'est de pouvoir s'en passer. Ou au moins de pouvoir choisir les émissions. La télévision, c'est un outil: il ne faut pas cracher dessus, même s'il est difficile d'être plus fort qu'elle. Si je fais ce métier, c'est pour communiquer. Pour cela, il faut jouer sur la séduction, ce qui ne me pose pas de problème.

– L'étiquette «chanteuse de variété» vous dérange-t-elle?

– Non. Je fais du Zazie et après les gens dont c'est le métier vous collent l'étiquette qu'ils veulent. Cela dit, j'aime bien le terme de variété parce qu'il suppose une certaine ouverture, une liberté qui permet d'utiliser aussi bien des guitares électriques qu'un accordéon.

– Sur «Made in love», vous assurez pour la première fois la quasi-totalité des compositions. Pourquoi maintenant?

– Au départ, la musique était une sorte de hobby pour moi. J'ai eu beaucoup de peine à trouver assez de confiance pour assumer ce travail. Il m'a longtemps été difficile de penser «compositrice». Je me suis enfin mise à écrire dans ma tanière et quand j'ai fini par lever la tête du guidon, il n'y avait même plus de place sur l'album pour la chanson que nous avions prévue avec Pascal Obispo.

Du coup, on a dérogé à une petite tradition voulant que sur chacun de nos disques figure une chanson écrite à deux. Après m'être beaucoup servie du talent des autres, je me suis aperçue que l'important n'était pas d'être numéro un, mais d'être moi-même. Quitte à se planter. Il est peut-être plus difficile de s'accepter que d'essayer de ressembler à quelqu'un d'autre.

– Vous êtes une fan de Gainsbourg. Etait-ce un rêve d'écrire pour Birkin?

– Cette femme m'a aidée à grandir, à m'affirmer en tant que femme catégorie limande. Qu'elle me demande une chanson, c'était un vrai miracle. Elle avait demandé à tous les auteurs de A la légère de ne surtout pas écrire sur Gainsbourg. Sauf à moi. Quand elle a reçu le texte, elle m'a appelée, en larmes, sa boîte de kleenex à la main. Elle m'a dit: «Serge t'aurait adorée!» En entendant ça, j'ai grimpé au plafond. n

Zazie, vendredi 23 juillet, Grande Scène, dès 24h. Rens. au tél. 022 365 10 10. Loc.: TicketCorner. Site internet: http://www.paleo.ch

Zazie: Made in Love (Universal).