Livres

Zep retrempe le pinceau

On a lu tous les livres de Zep et la chair n’est pas triste. Dix ans après «Happy Sex», l’auteur de «Titeuf» remet le couvert dans un ouvrage strictement réservé aux adultes

Un coup de tonnerre a retenti en 2009 dans le vert paradis de l’enfance: délaissant Titeuf pour marcher sur les traces de Gotlib, son maître, Zep se mettait à dessiner des bistouquettes à plein temps, non au détour d’un gag du petit gars à banane, enfant curieux des choses de la vie, ni pour les besoins du Guide du zizi sexuel, ce précis des liens de la fleur et de l’insecte – et plus si entente. Aux antipodes des plaisanteries de corps de garde et de la polissonnerie pour zozos, le dessinateur proposait avec Happy Sex une sociologie amusante de la sexualité prenant aussi bien le contre-pied du cinéma porno que des pages «Mon couple» de la presse féminine.

Les années ont passé. En faisant des rangements, Zep est tombé sur une dizaine de story-boards laissés de côté il y a dix ans et s’est surpris à rire de ses propres gags. L’idée d’un second tome s’étant imposée, la digue du cul reprend de plus belle. Vendu sous cellophane pour éviter aux têtes blondes d’être confrontées inopinément à l’art d’aimer, protégé des éclaboussures sous une jaquette plastique, Happy Sex 2 s’habille d’une couverture sans ambages. Sur fond rose chair, la chenille redémarre. A la queue leu leu, 53 individus des deux sexes défilent, s’enfilent, s’escaladent, se pourlèchent et se lutinent en bonne entente.

Erection mahousse

La honte et le grotesque sont les principaux moteurs comiques de l’ouvrage. On se rêve étalon sauvage, on se retrouve mollusque; on promet une hallebarde, et c’est une guimauve; on glisse sur un petit déshabillé de soie comme sur une peau de banane; on rêve de coïts élégants aussi aériens que Fred Astaire et Cyd Charisse dansant dans Central Park, et on se retrouve à pratiquer une gymnastique horizontale avec écrasement de la verge…

Le nombre des positions sexuelles n’a pas augmenté depuis le Kama Sutra et l’auteur n’évite pas la redite. En revanche, les angles (de pénétration) se renouvellent. Zep cite «le sexe par internet, les sites de rencontres, l’aspect conso qu’a pris la sexualité, l’essor du commerce des sex-toys, le sexe connecté, le mouvement #MeToo». Il fait son beurre de ces innovations. La cougar qui a tout vu en matière de jambes en l’air hormis les selfies que son jeune amant prend pendant l’acte. L’obligation d’être performant peut se traduire, Viagra oblige, par une érection mahousse dans le métro. L’illettrisme des sites de rencontres est susceptible de refroidir les ardeurs des institutrices. L’influence du porno déteint sur les activités sexuelles, l’aspect martien de certains vibromasseurs laissent les femmes songeuses… Sans oublier la fille tatouée que le partenaire traite en magazine illustré plutôt qu’en objet de désir.

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Le point de vue féminin l’emporte dans Happy Sex 2. L’homme, cette bête à couilles, est souvent ridicule, empêtré dans son slip et ses complexes, tandis que la femme reste digne dans bien des circonstances. L’une feint de ne pas remarquer le pénis de son partenaire pour lui apprendre à ne pas trouver son clitoris; une autre, énervée par l’exhibitionnisme de son compagnon, lance «Mets un gilet jaune à ta bite». La plus belle des planches de l’album, Décrivez l’orgasme, est aussi la plus graphique: des filles évoquent des assomptions inouïes, essor de cheval ailé, partition de Vivaldi, féerie de Miró, tandis que le plaisir d’un zig à poil ras fait juste «pop», comme un bouchon de champagne. Tout est dit.


Happy Sex 2, Zep, aux Editions Delcourt, 62p 

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