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«Un Bruit étrange et beau» (détail de la couverture).
© ZEP

BANDE DESSINÉE

Zep fait voeu de réalisme dans «Ce Bruit étrange et beau»

Le dessinateur de Titeuf propose un deuxième récit réaliste, consacré à un chartreux qui s’écarte de sa voie. Un magnifique album de maturité

Zep a créé Titeuf, mais réduire le dessinateur genevois à l’épi emblématique de son héros relève de la myopie. Plutôt que s’accrocher au personnage qui lui a valu la gloire, l’auteur emprunte des chemins de traverse, tâte du cinéma («Titeuf le film») et de l’autofiction («Carnet intime»), fait des scénarios pour Tébo («Captain Biceps») ou Stan & Vince («Les Chronokids»), démontre sa virtuosité à l’aquarelle…

Plus étonnant encore, il y a trois ans, ce génie du trait humoristique a osé passer de l’autre côté de la barrière séparant les petits Mickeys du dessin réaliste. A l’instar de quelques rares créateurs (Jijé, Uderzo, Giraud, Derib…), il a réussi le grand écart entre les gugusses à gros pif et les personnages aux proportions plus académiques (Blueberry, Buddy Longway, Michel Vaillant…). Zep reconduit l’essai d’Une Histoire d’hommes avec «Un Bruit étrange et beau».

Thème spirituel

L’exercice se révèle encore plus déroutant. Car si son premier album sérieux traite de thèmes comme le sexe et le rock’n’roll qui sont familiers aux lecteurs de Titeuf, «Happy Sex ou Happy Rock», le nouveau s’aventure en des territoires spirituels pour lesquels le chantre du «Zizi sexuel» n’avait guère fait de réclame.

Ce «Bruit étrange et beau», c’est celui du silence, celui qu’ont choisi les chartreux, comme Marcus né William, cloîtré depuis un quart de siècle dans le couvent de la Valsainte (FR). Le décès de sa tante l’arrache à sa retraite: sa présence est requise à Paris pour l’ouverture du testament. Dans le train, une jeune femme, Méry, engage la conversation avec le moine.

Des personnages émouvants et des paysages magnifiques

Dans ce récit extrêmement bien construit, Zep harmonise en douceur Eros et Thanatos et révèle une émouvante profondeur. C’est la peur de la mort qui a mené William à se retirer du monde, c’est la mort qui l’y ramène – mais c’est l’amour qui tend un croc-en-jambe à sa destinée. Un tableau de Modigliani joue un rôle clé dans cette oscillation entre le dedans et le dehors, le clochard dans la fange et l’oiseau dans le ciel, la foi et le doute, Dieu et la femme. Des aplats monochromes définissent les vignettes et rehaussent un trait précis, tracé au crayon noir.

Réalisés d’après modèles, les personnages expriment une indéniable humanité et les paysages, Alpes fribourgeoises, rues parisiennes ou coteaux de Lavaux, sont magnifiques.


Zep, «Un Bruit étrange et beau», Rue de Sèvres, 88 p.

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