Dan Dan 13 ans, met toute son énergie à danser. Elle est la meilleure et le rôle principal du ballet Section féminine rouge va forcément lui revenir. Par malheur, c’est le moment que son père, Lu Yanshi, choisit pour s’évader du camp de rééducation politique où la Révolution culturelle l’a envoyé. Fille de bourgeois réformiste, Dan Dan est recalée. Et en conçoit de la haine pour cet importun qu’elle ne connaît pas: elle avait trois ans lorsqu’il a été arrêté. L’évadé n’est pas loin, il se planque dans les ombres et les tunnels, comme un rat. Il rôde autour de la maison. Son épouse, Feng Wanyu, n’est pas prête à accomplir son devoir de citoyenne en le dénonçant. L’adolescente pleine de rancœur n’a pas ces doutes. Lu Yanshi repart en prison.

Lorsque, finalement libéré, il revient à la maison, il découvre que son épouse, éprouvée par une commotion cérébrale, le chagrin, et les humiliations, a perdu la mémoire. Elle ne reconnaît pas le revenant. Avec la complicité de Dan Dan, dont il a pleinement pardonné la trahison, Lu Yanshi imagine des stratagèmes pour que Feng Wanyu recouvre la mémoire. La plus émouvante de ces tentatives, ce sont les lettres qu’il lui a écrites pendant sa captivité et que les autorités ont interceptées. Il les sort par paquets d’une caisse, il les lit à sa femme, émerveillée d’entendre les mots et la voix de l’homme qu’elle aime – sans pour autant reconnaître son visage.

Chef de file de la «cinquième génération» des cinéastes chinois, Zhang Yimou nous a éblouis avec ses premiers films, Le Sorgho rouge, Ju dou, Epouses et concubines… En 2002, Hero a marqué un tournant dans sa carrière. Délaissant le cinéma d’auteur, il s’est adonné au film de sabre (Le Secret des poignards volants et autre Cité interdite). Avec Gui Lai (Coming Home), il revient au drame intime et à la critique politique en montrant les blessures laissées par la Révolution culturelle. Et il renoue avec Gong Li, son ex-femme et muse, de retour elle aussi aux affaires sérieuses après quelques âneries occidentales, (comme Miami Vice ou Mémoires d’une geisha).

En Chine, le Parti a salué ce film; aux Etats-Unis Spielberg l’a jugé «puissant, profond, émotionnel». Zhang Yimou est verni.