Dans une grande salle vide du Musée Tinguely de Bâle, à mi-hauteur, Zilvinas Kempinas a tendu des bandes magnétiques en parallèles sur toute la longueur. Les visiteurs peuvent circuler en dessous et ceux qui les regardent depuis l’espace supérieur les voient parfois agiter les bras, comme s’ils marchaient au fond d’une piscine. C’est bien là la magie de cet artiste lituanien. Avec des moyens somme toute limités, il parvient à créer une atmosphère, une expérience du mouvement tout à fait prenante.

Ici, ce sont les spectateurs qui sont appelés à bouger pour que la pièce prenne toute sa dimension. Mais les Light Pillars (piliers de lumière), des cylindres de huit mètres de haut placés dans le hall principal, vivent par eux-mêmes, un système de ventilateurs faisant osciller des couches de bandes vidéo sur toute la hauteur. Bandes et ventilateurs sont les matériaux de prédilection de l’artiste. Mais on voit, dans quelques encres sur papier également exposées, que l’artiste parvient aussi à exécuter des jeux sur le mouvement dans la pratique du dessin, la peinture ayant été son premier apprentissage et sa première pratique.

«Ballroom» au sous-sol

Né en 1969 en Lituanie, installé à New York depuis 1997, Zilvinas Kempinas a représenté son pays à la Biennale de Venise en 2009. L’an dernier, on avait déjà pu voir son Flying Tape dans l’exposition Trait papier, au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, un simple cercle de bande magnétique ondulant dans toute la largeur de la pièce grâce à des ventilateurs. A Bâle, une installation plus complexe, Ballroom, éclate le concept en de multiples petites circonvolutions de bandes magnétiques et donne des airs de dance floor au sous-sol du musée. Il faut y avancer le pied agile, un peu désorienté au milieu des effets de brillance, et des lumières d’ampoules colorées.

On refera surface pour découvrir une vue sur le Rhin délicatement troublée par un rideau des mêmes bandes magnétiques, offrant à la verticale les jeux visuels que permettent à l’horizontale des stores à lamelles. C’est là une mise en valeur à la fois élégante et ludique de l’architecture de Mario Botta.

On finira par une promenade dans le parc autour d’une grande sculpture circulaire qui, avec ses couleurs rouges et jaunes, évoque un chapiteau circassien, une grille au centre de la piste où tigres et dompteur vont sans aucun doute bientôt apparaître. Cette fois-ci, l’artiste a utilisé des rubans colorés vendus normalement pour protéger les cultures des razzias d’étourneaux.

Les œuvres de Zilvinas Kempinas, dont c’est ici la plus importante exposition, sont des plus opportunes dans ce musée consacré à un des grands sculpteurs du mouvement du XXe siècle. On ne s’étonnera pas de le retrouver, tout comme Tinguely bien sûr, au générique de la grandiose exposition Dynamo, un siècle de lumière et de mouvement dans l’art , à voir jusqu’au 22 juillet au Grand Palais parisien.

Zilvinas Kempinas, Slow Motion, au Musée Tinguely, Bâle. Jusqu’au 22 septembre. www.tinguely.ch