Sucre de Cannes

Des zombies partout sur la Croisette

Le Festival de Cannes célèbre les morts-vivants

Les festivités se sont ouvertes en fanfare avec The Dead Don’t Die, de Jim Jarmusch. On a cru à une bonne blague macabre. C’était en fait la bande-annonce des jours à suivre. Le 72e Festival de Cannes, c’est un peu le bal des morts-vivants. Dans Zombi Child, Bertrand Bonello remonte à l’origine d’une mythologie avec la légende haïtienne d’un esclave reprenant vie après avoir été enterré vivant.

Si les revenants qui hantent la Croisette prennent différentes formes, tous expriment un même malaise, celui d’une civilisation déboussolée, déshumanisée et vouée à l’effondrement. Les Dead de Jarmusch sortent du tombeau parce que des forages polaires ont déstabilisé l’axe de la Terre. Les migrants sénégalais noyés en mer reviennent réclamer des comptes aux vivants dans Atlantique, de Mati Diop. Quant aux personnages de Little Joe, de Jessica Hausner, ils sont contents car, contaminés par le pollen d’une plante d’agrément créée par génie génétique, ils n’ont plus d’empathie.

Le zombie le plus répandu n’est pas sur l’écran mais dans la salle: ce sont les addicts du smartphone. Les yeux rivés au petit écran bleu qu’ils éteignent à regret quand le film commence, ils vont nez baissé, possédés par leur doudou électronique, hermétiques à toutes les sollicitations de la vie. Décérébrés, mais heureux peut-être.

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