On est loin de toute esbroufe. A moins que l'absence d'effets soit la plus récente mesure de la différenciation. Il y a, dans la manière de dessiner des perspectives et des volumes sonores dans un enregistrement, des naturalistes, des maquilleurs, des «coupeur-colleurs» et des pourvoyeurs d'effets spéciaux. Le label MDG fait partie des premiers. Suivant une éthique bio au protocole savant, il ne place pas le piano de Christian Zacharias sur un piédestal surexposé, mais dans une sorte d'alcôve où le silence se respire. Ni écho, ni filtres, ni compression. De la Sonate, extra-vierge et pressée à froid. Ce qui n'implique nullement la raideur. Loin des attaques cinglantes d'un Vladimir Horowitz, Scarlatti se dévoile dans les traits de Zacharias comme l'ancêtre latin d'une lignée classique, puis romantique. Tout est dans le piano du pianiste allemand: élasticité moussue, délicatesse extrême, découpe de dentelles plutôt que de lame sanglante. D'où, dans ces 14 Sonates, (parmi les 550 composées par Scarlatti pour son élève à Madrid, l'infante Maria Barbara), cette association unique d'ingénuité, d'agencements symétriques, et de non-dits mélancoliques qui affleurent sous des maniérismes nacrés. Il y règne une douceur de neige et un temps en suspension.