Jazz

Duke Ellington

Togo Brava Suite

(Storyville 8323/Plainisphare)

Voilà qui apporte aux flonflons des anniversaires posthumes une justification artistique. Le centenaire Ellington n'en finit pas d'engendrer rééditions et inédits, dont aujourd'hui deux pièces maîtresses. L'une, Duke At Fargo (Storyville 8316/17) est la plongée, en deux CD, dans un concert de 1940 déjà connu mais totalement et magistralement restauré. Le principal bénéficiaire du lifting est Jimmy Blanton, dont on connaissait le rôle révolutionnaire dans l'émancipation de la contrebasse, mais dont on savoure pour la première fois en plénitude la rondeur et l'élégance folle. La décontraction, liée ici au contexte d'une soirée dansante, Duke a réussi à l'intégrer vers la fin de sa vie à l'espace même du studio. Un studio qui devient comme le théâtre sonore d'une nouvelle jungle: grinçante, urbaine, dissonante, aussi lourde de menaces que celle des années Cotton Club. Le refus du policé, latent dans toute l'œuvre d'Ellington, y devient triomphant. On aimerait parler du son de l'orchestre en termes photographiques, pour évoquer un grain toujours plus gros, sorte de protection ultime contre les ultraviolets d'une modernité devenue aveuglante. La Togo Brava Suite et les dix autres inédits de 1971 qui lui font cortège délivrent une musique qui pourrait avoir été enregistrée… demain.