Classique

Franz Liszt

Leif Ove Andsnes (piano)

(EMI Classics 7243 5 57002 2 3)

Liszt marque un tournant dans la carrière de certains pianistes. Ce fut le cas de Murray Perahia, longtemps tétanisé par cette musique qui l'intimidait. Jusqu'au jour où Vladimir Horowitz lui a dit: «Vas-y, tu dois le faire.» Révélation: Perahia décuple alors sa puissance sonore, il élargit sa palette de couleurs, signant quelques disques d'une rare beauté (pour Sony Classical). Aujourd'hui, c'est au tour de Leif Ove Andsnes de faire le pas. Le voici qui libère tout son potentiel, s'autorisant des cascades de notes ébouriffantes, laissant parler ses doigts en accord avec son cœur. Cette synchronisation entre la tête et l'expression frappe d'autant plus que les œuvres choisies – toutes belles, certaines rarement jouées – réclament une pensée rigoureuse. Il faut savoir doser ses efforts pour ne pas verser dans une grandiloquence futile, ou dans un coulis d'émotions confites. Plus on le joue droit, plus Liszt émerge comme un maître de l'architecture, en particulier dans ce chef-d'œuvre visionnaire qu'est Après une Lecture de Dante. Prestidigitateur de génie, le pianiste norvégien dévoile les multiples facettes de Liszt, tiraillé entre une vie monastique et les délices du corps. D'où une sensualité aussi douce qu'un nectar des dieux (Andante lagrimoso, Elégie), mais jamais mièvre.