Franz Schubert

Sonates D 894, 575, 959 & 960

Alfred Brendel (piano)

(2 CD Philips 456 573-2/Universal)

Alfred Brendel a atteint un seuil inégalé dans sa carrière, le monde entier le célèbre alors qu'il vient de fêter ses 70 ans. Pourtant, ce pianiste a connu des périodes difficiles. Il a dû apprendre à canaliser son trac et ses crispations qui, parfois, déteignent sur ses interprétations. Alfred Brendel a enregistré les sonates tardives de Schubert à plusieurs reprises. Tout d'abord pour Vox Turnabout, puis pour Philips, dans les années 70. A l'époque, son jeu était sobre et décanté. Puis, il a passé par une furieuse remise en question à la fin des années 80. Brendel bousculait alors la ligne de chant schubertienne, exacerbant les contrastes au détriment du naturel. Aujourd'hui, il regagne une certaine sérénité, tout en approfondissant le texte musical. Captées lors de concerts, les Sonates D 894 et D 575 sont remarquables par l'élan qu'il imprime tout en laissant parler Schubert. Les diverses facettes du compositeur émergent d'elles-mêmes. Dommage qu'Alfred Brendel ait truffé les Sonates D 959 et D 960 d'arpèges maniérés qui, au lieu d'intensifier le discours, l'appesantissent. En revanche, la spontanéité est intacte. Jamais le pianiste autrichien n'aura paru aussi libre et sûr de lui-même: il impose sa vision jusqu'au bout.