WORLD. La Réunion, nouveau Cuba? Avec la réapparition post-mortem du poète libertaire Alain Peters, avec les rimes fébriles de Danyel Waro, les ambassadeurs du maloya contemporain – ce blues des plantations insulaires expectoré plus que chanté – débarquent en foule dans l'histoire des musiques du monde. Dernière production du jeune label français Marabi, déjà spécialisé dans la réhabilitation des vieux lions d'Afrique (Wendo Kolosoy, Bembeya Jazz), ce disque de Granmoun Lélé défriche d'autres territoires, moins délavés par les influences métropolitaines. Le chansonnier vétéro-testamentaire retourne à ses incantations chorales, ses ensembles percussifs traditionnels et ses textes au sens voilé. D'une voix travaillée par les sels marins, il distille les vers sanguins, les sérénades hurlées et les recettes créoles dont il montre les vertus aphrodisiaques. Dans «L'année 2000 ans», procès verbal d'une année qu'il a passé à trafiquer avec ses menus revers de fortune, Granmoun Lélé laisse le chœur tragédien conclure: «Mais ne nous plaignons pas, on ne demande pas la charité.» Mode d'emploi philosophique, vade-mecum existentiel, les complaintes du Réunionnais grisé fascinent dans leur urgence tranquille. Sur le thème de transe «Sinibalala», le saxophone de Prof Jah Pinpin (Marquis de Sade, FFF) injecte de l'urbain extatique dans ces chants qui ne demandent qu'à tourner en émeute publique.