Auteur à succès dans le premier quart du XXe siècle puis persécuté par les nazis, Franz Schreker reconquiert peu à peu les scènes et le disque. Ici, d'une pierre deux coups: Le Carillon et la Princesse, spectacle de l'Opéra de Kiel, a été enregistré en public, avec une qualité artistique et sonore digne du studio. Cet opéra fut créé le même soir de 1913 à Vienne et à Francfort. C'est dire la renommée dont jouissait alors le compositeur. Ecrivant ses propres livrets, Schreker réalise le programme de Nietzsche, une tragédie «à partir de l'esprit de la musique». L'intrigue est plutôt embrouillée, mais elle est typique de l'auteur du Ferne Klang (le Son lointain), qui donne à la musique un rôle central. Ce «mystère aux symboles cryptés» montre comment la sonorité d'une flûte entre en résonance avec un carillon et déclenche une fascination toute sensuelle, génératrice d'extase et de débauche. Inutile de dire le scandale que provoqua la création viennoise! Pour exprimer cet enchantement musical et érotique, dont on retrouvera l'équivalent visuel dans les courbes et les ors des tableaux de Klimt, l'orchestre se fait prolixe, chatoyant, somptueux. La magie sonore de cette écriture symphonique est fort bien mise en valeur dans cette production qu'on aurait tort de croire provinciale. Bonnes voix, en particulier Thomas Mayer, magnifique baryton.