CONTEMPORAIN. Autant le dire tout de suite, ce disque a toutes les chances de passer inaperçu. Vingt-six ans après la création à Newcastle de Prefab Sprout, dont la pop aristocrate a connu son heure de gloire à la fin des années 80, Paddy McAloon s'essaie au genre symphonique. Crooner délicat dont les compositions définirent une certaine élégance anglo-saxonne, l'homme renonce ici, à une exception près, à son chant susurré. La raison de ce silence ouvert sur de plus amples constructions instrumentales? Victime en 1999 d'une infection oculaire, l'Anglais n'est alors plus en mesure d'ébaucher ses chansons sur son ordinateur. S'ensuit une période au cours de laquelle McAloon, passant le plus clair de ses journées à l'écoute de la radio ou de la TV, se met à prendre des notes, recomposant par la juxtaposition de confessions anonymes une fiction déployée sur la longueur de «I Trawl the Megahertz». Titre inaugural de vingt-deux minutes alliant à la narration d'Yvonne Connors un agrégat complexe de cordes, cuivres, guitares électriques et percussions digitales. Esthétique hybride reconduite sur l'ensemble du disque, conçu comme une suite symphonique dont les motifs entêtants et le lyrisme franc suggèrent la fréquentation des œuvres de Gorecki, Adams ou Copeland. Cousinage osé qui, à deux doigts de verser dans le kitsch emphatique, accouche d'une curiosité sonore à l'intensité émotionnelle sans faille.