Le Festival du film de Zurich se termine dimanche. Son service de presse annonce déjà une belle édition et escompte une augmentation de sa fréquentation. Mais qu'en est-il vraiment de ses promesses de tapis rouge, de convivialité, de rayonnement national et de rencontres professionnelles?

Un glamour pavlovien

Car si l'on reconnaît bien évidemment à Ken Loach, Peter Fonda et Sylvester Stallone tout le talent qui leur échoit, l'atout charme de ces artistes n'est pas celui qui émane des tapis rouges de Cannes ou de Venise. Du glamour et des paillettes, au fond, Zurich n'en offre qu'une version pavlovienne. Demandez à un passant de se placer devant un tapis rouge vide: en quelques minutes, une foule se sera réunie autour de lui, le nez tout aussi en l'air, se demandant ce qu'il peut bien y avoir à regarder. C'est un peu ce qui se passe au Festival du film de Zurich lors d'avant-premières de films en compétition, comme lundi soir, pour la présentation de Boy of Pigs, de William Sten Olsson. Un ou deux badauds faisaient le guet devant le cinéma Corso - où se déroule presque tout le festival - intrigués par le petit tapis rouge placé devant l'élégante entrée et les quelques photographes accrédités pour l'occasion. Dix minutes plus tard, c'est une vingtaine de curieux qui attend, sans savoir trop quoi. Arrivent alors Peter Fonda, président du jury du festival, et son épouse, Ray-Ban sur le nez et veste en cuir de rigueur. Poses sur le tapis rouge, saluts aux passants, autographes à quelques fans et les voilà repartis. Une délicieuse occasion pour les fans, comme pour les Zurichois, de rencontrer, même furtivement en ce début de semaine, une icône du cinéma américain. On est pourtant bien loin de l'image glamour et paillettes cannoises dont se revendique la manifestation.

Un écrin élégant

Le côté «chic» du festival de Zurich émane plus des lieux qui accueillent le public que des stars elles-mêmes. Un écrin, donc, fin et élégant, à l'image du Corso, par exemple, cinéma design et résolument hi-tech du quartier de Bellevue. Les endroits qui hébergent les soirées sont eux aussi clairement trendys, huppés, avec souvent un aspect lounge très new-yorkais. Parmi ces bars ou restaurants, le Valzer, le Tibits, le Valmann ou encore le Kaufleuten. Encore une fois, on est loin des grandes villas cannoises, mais l'ambiance et la volonté de réunir public et professionnels sont, elles, bien là. Car c'est muni du simple billet d'entrée du film que l'on peut accéder aux soirées. Une aubaine pour le public, une convivialité sincèrement appréciable.

Un rayonnement local

«Un public au rendez-vous», comme le précise d'ailleurs le responsable du Corso. «Un mardi après-midi de festival attire plus de spectateurs qu'un jour de semaine habituel», assure-t-il, renvoyant au service de presse pour des chiffres plus détaillés (dévoilés en fin de festival uniquement). Des spectateurs germanophones, pour la plupart. Pour la présentation de The Wachness, petit film américain indépendant de Jonathan Levine, seulement trois Suisses romands, résidant à Zurich toute l'année. Un animateur monte sur scène et présente le film... en suisse allemand, sans traduire ne serait-ce qu'en anglais pour un éventuel public venu de loin.

Une limite linguistique qui se confirme du côté du forum des professionnels, organisé parrallèlement à la compétition et qui permet aux producteurs, aux distributeurs ou à tout autre spécialiste de se rencontrer et de monter ensemble des projets de cinéma. Les soixante participants à ce forum (contre 3000professionnels au Festival de Locarno) viennent de Suisse alémanique, d'Allemagne et d'Autriche. Sur les neuf projets de films (contre une quinzaine à l'Atelier du Festival de Cannes et 12projets d'une région du sud à Locarno), aucun ne concerne la Suisse romande ou italienne. D'après Martina Bleiss, responsable du forum, «il est peu probable qu'il s'élargisse à un autre marché linguistique dans l'immédiat». Et comme l'on compare souvent Locarno à Zurich, il suffit de jeter un œil au nombre de journalistes accrédités (170 à Zurich contre 1083 à Locarno) pour se rendre compte que ces deux manifestations ne se placent pas sur le même échiquier géographique.