Au Zurich Film Festival, on rêve avant tout de glamour

Cinéma La onzième édition du ZFF se déroule jusqu’à dimanche mais ne déchaîne pas les passions des cinéphiles

Etrange manifestation que le Zurich Film Festival (ZFF), dont la 11e édition se déroule jusqu’à dimanche sans que les médias romands se précipitent en masse sur les bords de la Limmat pour la couvrir. A Zurich, premièrement, le tapis rouge est vert. Une couleur tendance car empruntée d’un sous-texte écolo, il n’y a qu’à voir ces marques américaines de restauration rapide et de soda qui l’ont adoptée pour redorer leur image.

Jeudi dernier, après la projection en première européenne de The Man Who Knew Infinity, un biopic retraçant le destin du mathématicien indien Srinivasa Ramanujan, la fête d’ouverture de la manifestation avait lieu sur deux étages dans un grand magasin de la place, littéralement entre les rayons qui en journée accueillent les clients. Robes de soirée, smokings, bars et espaces de petite restauration à profusion, la soirée tenait plus de l’épate bling-bling que de la célébration du septième art. Le ZFF, qui dispose d’un budget d’un peu plus de 7 millions de francs, rêve d’être, à l’inverse du Festival de Locarno qui bien que mieux doté (13 millions) reste centré sur le cinéma d’auteur et la découverte de jeunes talents, un haut lieu du glamour et des paillettes.

Œuvres repérées ailleurs

Mais du cinéma, rassurons-nous, il y en a quand même à Zurich. A profusion même, puisque quelque 160 films sont projetés cette année. Il y a d’abord trois compétitions, l’une consacrée aux longs-métrages de fiction, la seconde aux documentaires et la dernière aux œuvres germanophones. On y trouve notamment des titres repérés ailleurs, car le ZFF n’étant pas un festival de catégorie A, label réservé en Europe à Cannes, Venise, Berlin et Locarno, il n’est pas tenu de présenter des premières mondiales ou internationales.

Mais c’est là ce qui fait son intérêt: il permet de découvrir des œuvres saluées dans d’autres manifestations mais n’ayant pas de distributeur suisse. Derrière ces compétitions, plusieurs sections empilent les titres de manière parfois chaotique et peu cohérente, ce qui fait que le festivalier s’y perd. Car l’important, pour le ZFF, ce sont visiblement les soirées de gala qui attirent sur le tapis vert des vedettes auxquelles sont parfois remis des prix honorifiques. Et contrairement à ce qui se fait au Tessin, où chaque invité participe à une rencontre publique gratuite, la plupart des stars vont et viennent, tel Kiefer Sutherland venu recevoir un Golden Eye Award avant la projection d’un western médiocre, Forsaken, qu’on ne risque pas de voir en salle et qui ne méritait pas une telle visibilité. Mercredi, Arnold Schwarzenegger parlera quant à lui avec ses fans, mais il faut quand même débourser entre 69 et 89 francs pour cette causerie.

Films fragiles peu valorisés

On a dès lors l’impression d’assister à un festival à deux vitesses, avec d’un côté ses grands noms et moult galas dans le but ostensible de se donner une dimension hollywoodienne, et de l’autre, une sélection de films plus fragiles mais trop peu valorisée, d’où un désintérêt de la part de nombreux cinéphiles. A Zurich, on ne sent pas assez l’amour du septième art.

Zurich Film Festival, jusqu’au 4 octobre. www.zff.com