Il tient dans sa main un petit marteau d'ébène, pas plus gros qu'une pipe. «Je ne m'en sépare jamais, d'ailleurs regardez, il est couvert de blessures.» Simon de Pury, chairman de Phillips, de Pury & Luxembourg (propriété du Français Bernard Arnault, géant du luxe LVMH), dont le siège est à Zurich, dirigeait jeudi soir une vente aux enchères caritative d'œuvres contemporaines. Il a joué de son marteau et de son humour légendaire de commissaire priseur déjanté pour récolter près d'un mil-lion deux cent mille francs en faveur d'un hôpital pour enfants en Israël. Le dix juin prochain, il ouvrira à Zurich la première galerie au monde tenue par une maison de vente aux enchères, la de Pury & Luxembourg Gallery. Installée dans une ancienne brasserie, la Löwenbrau Areal, la nouvelle galerie va côtoyer l'espace d'exposition Daros, qui gérera dès mai prochain la collection de Stephan Schmidheiny. Elle sera voisine aussi de la galerie Hauser et Wirth, alors qu'un peu plus loin, toujours sur la Limmatstrasse, doit se construire le musée hébergeant la collection du financier allemand Fridrich Christian Flick. Sur un bout de table, Simon de Pury a accordé un bref entretien au Temps.

Le Temps: Vous avez personnellement lancé l'idée d'une galerie gérée par votre groupe. Pourquoi avoir choisi Zurich?

Simon de Pury: Tout est parti d'un coup de foudre pour l'espace offert à la Löwenbrau Areal. Andrea Caratsch a découvert le lieu, nous l'avons visité et en sommes tombés amoureux. Naturellement, il y a à Zurich, et particulièrement à «Zuriwest» une grande émulation dans le domaine de l'art contemporain. Avec l'ouverture de la galerie Daros, du musée Flick et la présence de la galerie Hauser & Wirth, cette région devient un centre de gravité unique en Europe.

– Quelle doit être la structure de la Galerie de Pury et Luxembourg et quels seront ses rapports avec la maison Phillips?

– La galerie fonctionne complètement indépendamment de Phillips, elle est gérée par De Pury et Luxembourg. Les œuvres exposées proviennent directement d'artistes ou de collectionneurs. Sous la direction artistique d'Andrea Caratsch, la galerie présentera quatre expositions chaque année, à raison de trois expositions d'art contemporain et d'une exposition plus classique. Le nouvel espace sera inauguré en juin avec Sex and Landscapes: un accrochage de photos inédites de Helmut Newton.

– Dans quelle mesure, la galerie s'inscrit-elle dans la nouvelle stratégie de vente de Phillips?

– Notre stratégie a trois aspects, géographiquement concentrés. Premièrement, les ventes aux enchères, gérées par Phillips seront concentrées à Zurich et New York, où nous inaugurons en mai de nouveaux locaux. Le deuxième aspect de nos activités est la vente de gré à gré basée principalement à Genève. La galerie qui s'ouvre à la Löwenbrau Areal constitue un nouvel et troisième aspect dans notre politique de ventes.

– Comment la maison Phillips parviendra-t-elle à conquérir la deuxième place dans le marché de l'art? Un achat de Sotheby's est-il envisagé?

– Nous ne cherchons pas à devenir les plus grands, ni à toucher à tout. Phillips se concentre sur quelques domaines particuliers: les peintres impressionnistes, l'art du XXe siècle, dont l'art Suisse à Zurich, la haute joaillerie et les montres à Genève, ainsi que le mobilier français du XVIIIe siècle.

– La Suisse occupe une place particulière dans le marché de l'art. Celui-ci profite-t-il du fait que notre pays ne fasse pas partie de l'Union européenne?

– La suisse occupe une place historiquement très importante dans le marché de l'art. Naturellement, l'absence de droits de suite, une TVA plus basse que celle de nos voisins, ainsi que la libre circulation des œuvres sont bien entendu des avantages. Mais les éléments qui priment sont d'une part la densité et l'importance des collections dans le pays; d'autre part, la forte production d'art contemporain et enfin la qualité des artistes.