Daniel Vasella quitte la directionde Novartis après des profits record

Pharma Le patron du groupe bâlois a décidé de céder la conduite au jour le jour de l’entreprise qu’il a façonnée depuis 14 ans. Son successeur, Joe Jimenez, reprend une société dont le bénéfice a frôlé les 10 milliards de dollars l’an dernier

«Quel silence!» Lorsque Daniel Vasella prend le micro, ce mardi matin dans la salle de conférence cossue du groupe Novartis au centre du campus bâlois, il a du mal à interpréter l’atmosphère particulière de la salle remplie de plus de 200 journalistes.

Est-ce l’effet de surprise de sa démission en tant que patron, annoncée avant l’ouverture de la bourse, ou une forme de respect pour la carrière hors du commun accomplie au sein d’un groupe industriel complètement remodelé depuis sa création en 1996? Sans doute un peu des deux.

L’effet de surprise est multiple. Il concerne son successeur, qui est le nouvel arrivé Joe Jimenez et non pas Joerg Reinhardt, un habitué de la maison qui avait été désigné en 2008 responsable opérationnel et bras droit de Daniel Vasella.

Nouvelle gouvernance

Surprise aussi à propos de la manière dont le patron lâche du lest sur la gouvernance d’entreprise, alors qu’il était resté, durant des années, sur une position très ferme en dépit de pressions répétées d’une forte minorité d’actionnaires. Daniel Vasella ne subira que partiellement les réformes annoncées mardi, mais elles sont significatives. Le groupe prévoit un vote consultatif anticipé de l’assemblée des actionnaires sur le système de rémunération. Cette consultation se fera à chaque changement important, mais au moins tous les trois ans. Pas question cependant, pour les actionnaires, de sanctionner après coup les rémunérations ou la stratégie financière de la société. La question controversée des bonus sera réglée par un nouveau contrat type qui permettra à l’employeur de se faire rembourser un intéressement au résultat basé sur des données manipulées par l’employé. Novartis simplifie aussi la direction générale du groupe en réduisant le nombre de ses membres de 12 à 9. Le groupe refuse toutefois d’inscrire dans les statuts la séparation obligatoire des fonctions de président et de directeur général.

Daniel Vasella, 57 ans, ne s’est pas étendu, mardi à Bâle, sur les raisons qui l’ont conduit à prendre la décision de déposer la casquette de directeur général pour conserver celle de président du conseil d’administration.

Il a constaté que, formellement, la décision de nommer Joe Jimenez à la tête du groupe pharmaceutique a été prise lundi par le conseil d’administration, mais que le processus de réflexion sur la transition avait débuté en 2008 déjà. Ce départ implique un changement de génération à la direction opérationnelle puisque l’entrée en fonctions de l’Américain Joe Jimenez, 50 ans, le 1er février prochain, coïncide avec celle du Britannique Jon Symonds, 50 ans, qui remplace, en tant que directeur financier, le Suisse Raymund Breu, 65 ans.

Daniel Vasella a permis à Novartis, dont il a conduit la gestation par fusion en 1996, de croître par une diversification intelligente. Il quitte l’opérationnel après avoir mené un programme efficace d’économies et de gain de productivité et gagné, année après année, des parts de marché.

Les résultats de l’exercice 2009, présentés mardi à Bâle, attestent d’une performance qui a séduit les analystes financiers. Pour la première fois, le groupe propose deux présentations distinctes des résultats. La première, traditionnelle, la seconde «hors éléments exceptionnels», qui se traduit par la désignation «core» dans le jargon de la société. Les résultats «core», corrigés du début des effets d’acquisition d’Alcon, de la participation au capital de Roche ou de l’effet exceptionnel (1 milliard de dollars) du vaccin contre la grippe A(H1N1), sont meilleurs.

Hausse du bénéfice de 11%

Le bénéfice opérationnel «core» se situe ainsi à 11,43 milliards de dollars, comparé à 9,98 milliards comptabilisés. Le bénéfice net varie lui aussi entre 10,2 milliards et 8,45 milliards. Le chiffre d’affaires progresse de 7%, à 44,2 milliards de dollars alors que le bénéfice d’exploitation augmente de 11%.

Novartis a particulièrement bien résisté au vieillissement de certains médicaments, comme Diovan, contre l’hypertension. Trente nouveaux produits ont été lancés en 2009. «18% du chiffre d’affaires de la division pharmaceutique, ou 1,4 milliard de dollars au quatrième trimestre, proviennent de produits lancés récemment, soit depuis 2007», explique, avec conviction, Joe Jimenez.

La crise économique a affecté la croissance bénéficiaire des génériques Sandoz (–1%, à 1,1 milliard) et des médicaments vendus sans ordonnance (–3%, à 1 milliard). Les perspectives de croissance en 2010 restent vagues, alors que le titre gagnait 2% hier à la clôture de la bourse.