Le Temps: Quel commentaire général vous inspirent les résultats de ce sondage?

David Sylvan: Ils reflètent fidèlement le sentiment qui prévaut autour du monde depuis quelques mois. Il n'y a rien de surprenant.

- Pas même le fait qu'un tiers des sondés, en moyenne, n'exclut pas une intervention militaire en Iran?

- Pas vraiment. Il y a un quasi-consensus parmi les cinq membres du Conseil de sécurité des Nations unies et l'Union européenne pour affirmer que l'Iran ne peut pas se doter de l'arme nucléaire. Les populations restent également très méfiantes, parce que les négociations de ces dernières années n'ont pas abouti et parce que les dirigeants iraniens, et surtout le président, sont perçus comme étant extrémistes. Ce régime est considéré comme une bête noire et cela ne changera pas tant qu'Ahmadinejad sera au pouvoir. Même en détestant George Bush et John McCain, certains se disent prêts à envisager l'éventualité d'une intervention militaire. Il est intéressant, dès lors, de voir que malgré leur impopularité, les Américains parviennent encore à imposer un agenda international.

- Le raz-de-marée des opinions favorables à Barack Obama était-il à ce point attendu?

- Je suis frappé par la vague d'espoir que suscite Barack Obama. Parce qu'il représente l'anti-Bush d'abord, mais aussi parce qu'il est Noir et jeune. C'est une bulle d'oxygène. Il a une attitude très cool tout en maîtrisant parfaitement ses dossiers. Il fascine et reste perçu comme celui qui pourra sauver les meubles. Les résultats de ce sondage sont très idéalistes; on aurait pu les obtenir à la fin des années 1950, avant l'élection de John Fitzgerlad Kennedy.

- Les sondés seraient-ils prêts, pour autant, à élire un candidat noir ou métisse dans leur propre pays?

- Pas forcément, mais par leurs réponses, ils expriment aussi une certaine reconnaissance vis-à-vis du travail accompli aux Etats-Unis sur les questions raciales ou d'immigration. Ils sont conscients que les Américains ont un tour d'avance dans ce domaine.

- John McCain est-il si mal perçu uniquement parce qu'il appartient au même bord que le président Bush?

- Le premier problème de John McCain est effectivement d'être républicain: la marque a du plomb dans l'aile. Le rejet des idées républicaines est désormais massif, renforcé encore par la crise financière. Ensuite, c'est un faucon. Enfin, il appartient au troisième âge. Il ne peut incarner l'Amérique modèle, celle que l'on a envie de suivre.

- La Suisse est le pays qui fustige le plus la politique de George W. Bush. Comment l'expliquez-vous?

- Il est difficile d'expliquer ces chiffres sans connaître l'historique des relations entre les pays cités et les Etats-Unis. Je ne sais pas comment les Suisses percevaient Bill Clinton, par exemple. Cela dit, le taux de sondés ayant une mauvaise opinion des Etats-Unis est impressionnant pour chacun des pays cités.

- Y compris pour les Britanniques ou les Polonais, dont les gouvernements sont alliés avec Washington...

- La plupart des gens établissent une distinction entre population et gouvernement. Les dirigeants britanniques, par exemple, se sont engagés en Irak aux côtés des Américains alors que leurs citoyens y étaient fortement opposés.